On critique souvent Donald Trump pour son style brutal. Mais sur un point, il dit tout haut ce que beaucoup font en silence : les relations internationales sont d’abord une affaire de transactions, de rapports de force, d’intérêts bien compris.
Là où ses prédécesseurs, comme Barack Obama, camouflaient les compromis sous un discours de « diplomatie responsable » ou d’« ordre international fondé sur des règles », Trump enlève le masque. Il assume que le monde est un vaste marché. Chaque accord doit rapporter, que ce soit des minerais stratégiques en Afrique, de l’influence géopolitique au Moyen-Orient, ou des alliances gagnantes.
Obama : la même logique, mieux emballée
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette vision n’est pas née avec Trump. Sous Obama déjà, la politique étrangère américaine suivait les mêmes lignes : défendre les intérêts économiques, maintenir l’hégémonie, sécuriser les zones d’influence. Mais elle le faisait avec des gants.
On parlait alors de multilatéralisme, de droits humains, de « smart power », cette stratégie qui combine influence douce et force ciblée. Derrière les discours, la réalité était plus froide : frappes de drones au Moyen-Orient, intervention en Libye, négociation du partenariat transpacifique (TPP) pour contrer la Chine.
Trump ne fait qu’enlever les oripeaux. Il parle cash. Il négocie cash.
Des deals avant tout, même pour la paix
Un exemple récent : l’accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. On pourrait y voir une victoire diplomatique. En réalité, c’est une manœuvre pour contrer l’influence chinoise sur les minerais rares, cobalt, lithium, coltan, indispensables à nos technologies.
Sous couvert de médiation, Washington veut reprendre la main sur des ressources stratégiques. La paix devient un levier d’influence économique, pas un objectif moral ou durable. Pour plus d’information, consultez cet article : Les minerais critiques, nouvel enjeu géopolitique en Afrique.
Israël, l’Iran, et la guerre comme outil de négociation
Même logique avec le soutien militaire des États-Unis à Israël dans son bras de fer avec l’Iran. Derrière les frappes, les menaces, il y a un deal tacite. Washington renforce son allié au Proche-Orient et pousse Téhéran à revenir à la table des négociations, mais selon ses conditions.
La guerre devient une monnaie d’échange : un outil pour renforcer l’influence des États-Unis au Moyen-Orient et, en parallèle, pour façonner un rapport de force intérieur qui pourrait justifier des réformes institutionnelles ouvrant la voie à une potentielle troisième candidature. Toute est possible face à un Parti démocrate désorienté, miné par l’échec de Kamala Harris à s’imposer comme une alternative crédible, Trump semble préparer le terrain.
Un message clair à Moscou, Pékin, New Delhi — et au reste du monde
Ce faisant, l’administration Trump envoie un signal aux autres grandes puissances : les règles du jeu ont changé. Finies les valeurs universelles, les grandes déclarations sur les droits humains. L’Amérique agit selon ses intérêts, de façon directe, parfois brutale.
C’est un message à la Chine, à la Russie, à l’Inde : dans ce monde transactionnel, il faut payer pour jouer. Il n’y a plus de façade, plus de multilatéralisme de convenance. Seulement la loi du retour sur investissement géopolitique.
Une diplomatie à court terme
Ce pragmatisme se retrouve ailleurs. Gaza, l’Ukraine ? Pour l’instant, en suspens. Non par indifférence, mais parce qu’aucun deal rapide n’est en vue. À l’inverse, Trump s’active là où une solution express peut rapporter : cessez-le-feu éclair dans les Balkans, médiation ponctuelle en Afrique, rapprochements intéressés au Moyen-Orient.
Cette approche transforme la diplomatie américaine en gestion au coup par coup. Pas de vision long terme, mais une stratégie de rentabilité immédiate.
À l’instar de : “ROA — et rendez-moi mon argent !” — la déclaration emblématique et sans compromis que Margaret Thatcher a prononcée au plus fort des négociations entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne.
Quels risques pour demain ?
À force de traiter les conflits comme des produits négociables, à force d’appliquer des rustines temporaires sur des fractures profondes, on court un risque : celui de construire un monde instable, fragmenté, où chaque trêve n’est qu’un sursis.
Ces accords rapides peuvent apaiser à court terme, mais que reste-t-il une fois les caméras parties ? Que restera-t-il de solide, de crédible, quand les projecteurs s’éteindront ?
La vérité qui dérange !
Il est facile de rejeter Trump en bloc, de critiquer ses méthodes comme brutales, désordonnées et opportunistes. Il domine la scène internationale alors que ses confrères sont absorbés par des administrations ultra-conformistes et bureaucratiques. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Trump n’a pas inventé cette diplomatie transactionnelle, il l’a simplement dévoilée au grand jour. Là où d’autres agissaient dans l’ombre, lui parle haut et fort.
La vraie question n’est pas de savoir si cette approche est choquante. Elle l’est. Mais de se demander : peut-on bâtir une paix durable sur une logique de deals ? Et quand la fièvre des transactions sera retombée, qui restera pour ramasser les morceaux ?
L’histoire nous offre un avertissement majeur. Dans les années 30, les compromis court-termistes, les jeux d’influence et les équilibres instables ont conduit à une escalade catastrophique, plongeant le monde dans un conflit dévastateur. Aujourd’hui, plus que jamais, il faut éviter de répéter ces erreurs. La tentation d’une diplomatie froide, transactionnelle et pragmatique ne doit pas nous faire perdre de vue l’impératif d’une paix durable, construite sur des bases solides, humaines et collectives.
À cet égard, l’action menée par Israël dans son affrontement avec les Palestiniens revêt une dimension tragique qui ne peut être ignorée : elle s’apparente à un génocide, avec des conséquences dramatiques pour une population déjà vulnérable. L’Europe, forte de son histoire douloureuse et consciente de sa propre culpabilité face à ses tragédies passées, doit impérativement se libérer de ses chaînes morales et politiques. Ce n’est qu’en assumant pleinement ce rôle critique, en dénonçant sans équivoque les violations des droits fondamentaux, que l’Europe pourra véritablement jouer un rôle constructif et s’imposer en leader mondial face aux puissances déjà installées ailleurs.
Il ne s’agit pas seulement de condamner, mais de lancer un appel à une diplomatie européenne forte et indépendante, affranchie des jeux de pouvoir à court terme, capable d’exiger justice et respect des droits humains. Pour réellement avancer, l’Europe doit dépasser ses hésitations, ses peurs et son poids historique, rompre avec sa tendance à vouloir tout normaliser et niveler par le bas, afin de devenir un acteur crédible qui œuvre pour une paix juste et durable au Proche-Orient.
Si nous ne voulons pas que le cycle des tensions et des conflits s’emballe à nouveau, il est urgent que la communauté internationale repense son approche, au-delà des simples deals, pour investir dans des solutions de long terme, fondées sur la confiance, la justice et la coopération réelle.
