Le marché des actions américain est-il surévalué ?
Le prix Nobel d’économie 2013 Robert Shiller soutient que le marché américain des actions est surestimé à hauteur de 70 %. Il obtient cette conclusion en partant de son modèle CAPE (Cyclically adjusted price earning en anglais). Ce modèle révise les ratios cours/bénéfices des entreprises américaines en fonction des cycles économiques relatifs. Les actions ont été plus onéreuses qu’aujourd’hui à seulement trois reprises au cours de l’histoire ; à chaque fois, une correction sévère est intervenue les trimestres suivants. Nous nous trouvons cependant face à un paradoxe : Robert Shiller répond à ceux qui s’interrogent sur les débouchés en bénéfices ou une éventuelle sortie du marché par ces mots : « il existe toujours une possibilité d’investissement ».
Shiller est un professeur de l’université de Yale. D’après lui, un certain nombre de faits d’importance viennent corréler les évènements historiques. Il estime que la surévaluation actuelle trouve ses fondements dans la politique monétaire ultralibérale menée par la Réserve fédérale et dans l’inquiétude diffuse des investisseurs sur l’avenir. Selon lui toujours, la surévaluation ne s’applique pas au seul marché des actions, mais aussi au marché obligataire. Cependant, il existe des segments épars de marchés à valeurs justes : a) aux États-Unis : la technologie, l’énergie, la santé, les industries ; b) en Europe, le secteur de l’énergie, la technologie, les télécommunications et services.
Shiller va plus loin encore ; il met en garde les investisseurs qui placent selon lui leurs estimations trop haut. Pour les 10 prochaines années, il estime que la moyenne annuelle du taux de rendement réel ne dépassera pas 2,5 % sur le marché américain. Si sa théorie est prouvée, même le marché boursier se heurtera à des rendements annuels relativement bas ou à un taux d’inflation assez haut.
Shiller est plus optimiste concernant le marché européen des actions qui se maintient selon lui dans une moyenne historique. Il distingue en particulier le marché européen périphérique et le Royaume-Uni. Cependant, à son sens, l’Europe manque de confiance dans son propre système ; il est désormais temps pour les gouvernements de mettre en place une véritable politique afin de stimuler l’économie. En effet, selon Shiller, lorsque le manque de confiance s’installe, les individus préfèrent épargner plutôt que de consommer ou d’investir. Une telle tendance pourrait mener à une situation similaire aux années 30 qui a elle-même abouti à une destruction de l’économie. Pour notre part, nous pensons que ce schéma pourrait s’appliquer en France et dans certains pays nordiques ; d’un autre côté, des réformes positives sont entreprises en profondeur dans les pays tels que l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Ajoutons que l’Allemagne fédère une nouvelle alliance le long de l’axe transversal nord-sud ; après plus de 20 ans d’efforts franco-allemands infructueux pour se comprendre et pour faire de l’Europe une locomotive économique du monde, ce changement indique qu’une autre voie est empruntée.
