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Le monde à travers les chiffres

 Economic figures up-side-downLorsqu’une statistique vous est transmise à l’envers, pouvez-vous encore la décrypter ? Pour notre part, nous n’y parvenons plus… Les pensées que nous vous présentons ici ont germé partant de ce constat.  

 

Situation économique en Europe

Le climat des affaires à l’intérieur de la zone euro s’avère très résilient. La consommation domestique européenne est en hausse et déclenche la reprise de la croissance. Malgré cette stimulation, l’investissement des sociétés européennes (le CAPEX) stagne. Cet immobilisme s’explique par l’absence de visibilité sur le long terme. Le manque de clarté de la politique économique européenne inspire une certaine incompréhension. De plus, l’afflux de migrants dans tous les pays de l’Union européenne risque de modifier en profondeur le fonctionnement de la zone euro ; la crise due à l’immigration que l’Europe traverse aujourd’hui a des ramifications et sera sans doute plus difficile à résoudre au final que le problème grec.

Cependant, la situation globale en Europe n’évoluera pas rapidement et radicalement. La dynamique économique reste relativement prévisible et les surperformances sont attendues dans les secteurs de la santé, de la consommation domestique et de la finance (en particulier parmi les acteurs des banques de détail).         

En ce qui concerne l’inflation, le niveau restera en dessous des prévisions. L’effet escompté du QE (de l’américain quantitative easing : assouplissement quantitatif) européen se veut certes positif (le QE européen a su démontrer ses vertus lors de la récente crise grecque en raison de son effet stabilisateur sur le marché). Toutefois, le moral du consommateur européen n’est pas au beau fixe (il agit plus prudemment que son homologue américain ou asiatique) ; nous pensons donc que le QE sera étendu dans les deux sens (volume et durée). La démarche pourrait s’inscrire dans la lignée de l’opération Twist (menée par la Réserve Fédérale américaine) et devenir une réalité rapidement. Par voie de conséquence, les taux d’intérêt resteront très bas pour les années à venir (jusqu’en 2019/2020) ce qui ne devrait pas déplaire aux consommateurs. Sur le plan des marchés, ce statu quo profitera aux titres financiers des secteurs de la construction et des biens industriels (services, supports, etc.).  

Aux États-Unis

La situation est plus complexe encore hors de l’Europe. L’évolution sur le marché du travail aux États-Unis sera déterminante ; la première augmentation des taux d’intérêt américains dépendra en majorité des résultats attendus ce vendredi. Jusqu’à présent, les estimations portaient sur une première intervention de la Réserve fédérale américaine au mois de septembre ; cependant, les désarrois des marchés et les flux financiers de ces dernières semaines montrent clairement que même aux États-Unis, les investisseurs manquent de visibilité. Même si la FED intervient pendant le mois de septembre, que se passera-t-il ensuite ? À notre sens, elle n’a que peu de marche de manœuvre et c’est un sujet d’inquiétude.              

Si le coût du capital en USD augmente cependant, d’autres problèmes surgiront : a) les BPA des sociétés américaines, qui sont historiquement très leveragés, diminueront ; b) l’investissement en USD et particulièrement à la bourse de New York deviendra moins intéressant ; c) les sociétés des pays émergents n’effectueront plus de carry trade en USD ; d) l’activité industrielle sera moins importante ; la demande en pétrole baissera ; par conséquent, certains pays comme l’Arabie Saoudite, le Venezuela, l’Iran, le Brésil, le Mexique seront obligés de réduire leurs investissements en USD s’ils veulent veiller au bon fonctionnement de leurs budgets d’états et maintenir un semblant ordre dans un système social déjà très fragile. Même si l’attractivité de l’USD reste à un niveau élevé, nous prévoyons pour notre part une contre-performance sur le court terme.  

Les sociétés financières devraient également tirer profit de la situation. Au final, les deux monnaies euro et USD devraient continuer sur la voie de la dépréciation.  

 

Dans les pays en voie de développement

Différents gouvernements partout dans le monde aspirent au même but, c’est-à-dire le bien-être de leurs populations ; cependant, notre conception du bien-être et notre propension à le créer sont déterminées, si bien que certains régimes préfèrent se détourner de cet objectif. Les solutions mises en œuvre par ces gouvernements sont alors spécifiques et ils les appliquent au moment où ils les jugent opportunes. Nos politiciens, nos ministres, banquiers de banques centrales et nos autres représentants recherchent et construisent une stratégie pour obtenir des résultats immédiats ; dans les pays en voie de développement, la démarche n’est pas souvent d’actualité et dès lors, le facteur « temps » devient inutile. En résumé, nous ne devons pas attendre des gouvernements des pays émergents les mêmes mécanismes de réflexion sur les sujets socio-économiques que nous employons en Occident. Leur histoire n’est pas la nôtre et leurs références ne sont pas identiques ; il leur manque par exemple des figures comme Voltaire, Tocqueville, Montesquieu, Hayek, Friedman ou Kaynes.

En ce qui concerne la Chine, la plus récente correction du marché n’affectera pas la consommation ; en effet, seuls 12 % de la population chinoise possèdent des investissements en bourse. Il est vrai que l’état central devrait consentir à quelques mesures de soutien (verbales pour l’essentiel) ; mais il se tiendra surtout à son objectif principal, qui consiste à augmenter le niveau de vie de sa base de population ; c’est elle en effet qui lui est le plus fidèle et c’est aussi elle qui sera à l’origine de la stabilisation de la croissance ces prochains trimestres.