???? Du pétrole noir à l’ambition verte
Pendant un demi-siècle, la richesse et le pouvoir des monarchies du Golfe reposaient sur le pétrole. Aujourd’hui, cette même ressource qui a construit leur fortune les oblige à se transformer. Avec une demande mondiale en hydrocarbures qui devrait plafonner dans les années 2030, des pays comme l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et le Qatar se lancent dans une diversification économique massive, non par idéologie, mais par nécessité.
Le nouveau récit est clair : le Golfe veut être au centre du monde post-pétrole, et non pas sa victime. Des champs solaires s’étendent désormais dans le désert, les fonds souverains injectent des milliards dans la technologie, le tourisme et les énergies renouvelables, et des villes et complexes touristiques sont repensés comme symboles du nouveau cycle économique.
Le pétrole a financé le XXᵉ siècle. Le Golfe veut financer le XXIᵉ.
⚙️ Diversifier l’avenir
Les stratégies de diversification sont ambitieuses mais variées :
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L’Arabie Saoudite mise désormais sur plusieurs projets réalistes plutôt que sur une seule mégapole. Parmi eux :
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Oxagon, hub pour l’innovation industrielle durable.
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Trojena, station de montagne visant un tourisme durable toute l’année.
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Sindalah, île-resort de luxe pour un tourisme haut de gamme.
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Red Sea Global, intégrant resorts de luxe et préservation environnementale.
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Qiddiya, ville du divertissement et de la culture près de Riyad.
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Les Émirats, déjà plus diversifiés, se positionnent comme plateforme mondiale pour la finance, la logistique et les énergies renouvelables. L’économie de Dubaï dépend aujourd’hui à moins de 1 % du pétrole. Le pays est aussi leader régional dans l’énergie solaire, avec le Mohammed bin Rashid Al Maktoum Solar Park, l’un des plus grands au monde.
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Le Qatar, quant à lui, utilise sa richesse en gaz naturel pour bâtir son influence via le sport, la culture et la diplomatie, du Mondial de football à l’acquisition d’actifs européens et d’universités.
Chaque modèle combine pragmatisme économique et message clair :
« Nous ne sommes pas des exportateurs de pétrole. Nous sommes investisseurs, innovateurs et acteurs mondiaux. »
???? Le paradoxe d’une transition financée par le pétrole
Une ironie structurelle accompagne cette transformation : le futur vert est financé par le noir passé.
Les parcs solaires, resorts high-tech et hubs futuristes reposent sur les revenus du pétrole, soutenus par la consommation occidentale et la demande mondiale. Chaque subvention pour véhicules électriques en Europe, chaque usine alimentée par le gaz du Golfe, finance indirectement les projets qui prétendent dépasser les combustibles fossiles.
Cette transition circulaire, utiliser les profits passés pour légitimer l’avenir, comporte ses fragilités. Certains projets ont déjà connu dépassements de coûts ou incertitudes de faisabilité, mais dans un monde en pleine réinvention énergétique, ce paradoxe peut devenir un atout.
« Si le XXᵉ siècle a été alimenté par le pétrole, le XXIᵉ pourrait l’être par l’argent du pétrole. »
???? La puissance financière et l’ambition globale
Le moteur réel de cette transformation réside dans les fonds souverains gérant plus de 4,5 trillions de dollars d’actifs. Des fonds comme le PIF saoudien, ADIA et Mubadala à Abu Dhabi, ou QIA au Qatar sont devenus des investisseurs stratégiques globaux :
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Participation dans des entreprises EV et technologies propres
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Acquisitions dans le sport et le divertissement
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Financement d’infrastructures et de projets renouvelables dans le monde entier
Cette action financière projette l’influence tout en sécurisant une place dans l’économie verte. Ces fonds sont devenus les nouvelles sources de puissance du Golfe, produisant du pouvoir par le capital plutôt que par l’extraction.
???? Intégration dans l’économie mondiale circulaire
Les ambitions du Golfe s’insèrent dans une économie mondiale circulaire et interdépendante, où compétences, capital et technologies migrent vers les zones de besoin :
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Flux de talents vers des projets comme Oxagon et Trojena.
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Mobilité du capital, permettant aux fonds souverains d’acquérir et de réinvestir globalement.
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Transfert de connaissances via des partenariats universitaires et industriels, diffusant l’expertise de manière efficace.
Même les projets jugés “irréalistes” deviennent des nœuds dans un réseau dynamique, où convergence de ressources, compétences et timing peut rendre possible des ambitions audacieuses.
Dans le monde actuel, le succès ne se mesure plus à l’autosuffisance, mais à la capacité à orchestrer l’interdépendance, et le Golfe l’apprend rapidement.
???? Le paradoxe de la diplomatie verte
Si les États du Golfe investissent dans les énergies renouvelables, ils restent des exportateurs majeurs de combustibles fossiles. Cette dualité structure leur diplomatie : adopter des récits durables tout en maintenant le pétrole comme levier géopolitique.
En accueillant la COP28, en investissant dans la capture du carbone ou dans l’hydrogène, les dirigeants du Golfe affichent leur participation à la transition énergétique, mais leur influence reste intrinsèquement liée aux revenus fossiles.
Le Golfe ne résiste pas à la transition énergétique, il cherche à la posséder, stratégiquement et financièrement.
???? Au-delà du pétrole, au-delà du temps
L’ère post-pétrole est une opportunité pour redéfinir l’État moderne. Les monarchies, qui exportaient autrefois du brut, exportent aujourd’hui du capital, de la culture et de l’ambition climatique.
Le pari reste immense : les économies construites sur le pétrole peuvent-elles vraiment se réinventer sans lui ? La réponse dépendra de leur capacité à passer des mégaprojets à des écosystèmes durables, de la vision à l’exécution, et du discours à la résilience.
Le Golfe a bâti sa puissance sur ce qui est sous le sable.
Son avenir dépend de ce qu’il pourra construire et connecter au-dessus.
