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Campari, la gueule de bois d’un champion des spiritueux en perte de rythme

Davide Campari est l’un des groupes les plus emblématiques du secteur des spiritueux, propriétaire de marques iconiques comme Aperol, Campari, Wild Turkey ou Grand Marnier. Le groupe italien s’est imposé comme un acteur mondial grâce à une stratégie fondée sur la premiumisation, la force de ses marques et une présence solide dans les marchés clés de la consommation hors domicile. Ces dernières années, Campari a bénéficié d’un engouement exceptionnel pour les cocktails, d’une dynamique touristique favorable et d’une montée en gamme des habitudes de consommation. Mais le premier trimestre a marqué un coup d’arrêt brutal, révélant une faiblesse inattendue dans un secteur pourtant considéré comme résilient.

Analyse d’investissement et d’opportunité

La baisse de plus de 10 % du titre reflète une sanction claire : le T1 a été atone, inférieur aux attentes, et la baisse organique des revenus a ravivé les inquiétudes sur la dynamique du marché des spiritueux. Le groupe souffre d’un ralentissement de la demande, notamment en Europe et en Amérique du Nord, où la consommation hors domicile reste plus volatile que prévu. Le phénomène est d’autant plus marquant que Campari avait habitué le marché à une croissance régulière, portée par la popularité d’Aperol et par une stratégie marketing agressive.

La pression sur les revenus s’accompagne d’une pression sur les marges. Le mix produit est moins favorable, les coûts de distribution restent élevés et la normalisation post-pandémie pèse sur les volumes. Le marché s’interroge désormais sur la capacité du groupe à maintenir son rythme de croissance dans un environnement où les consommateurs arbitrent davantage leurs dépenses discrétionnaires. Le segment des spiritueux premium, longtemps considéré comme un refuge, montre des signes de fatigue, notamment dans les marchés matures où la demande se stabilise.

La réaction du marché traduit aussi une inquiétude plus large : la dynamique exceptionnelle des années Aperol Spritz pourrait toucher ses limites. Campari doit désormais prouver qu’il peut diversifier ses moteurs de croissance, renforcer ses positions dans les spiritueux haut de gamme et restaurer une trajectoire organique plus robuste. Le relèvement de la guidance aurait pu jouer un rôle stabilisateur, mais la faiblesse des ventes a dominé la perception des investisseurs.

Conclusion pour les investisseurs

Campari traverse une phase de normalisation plus brutale qu’attendu. Le T1 décevant et la baisse organique des revenus ont mis en lumière une fragilité inattendue dans un secteur historiquement résilient. Pour les investisseurs, le dossier redevient un pari sur la capacité du groupe à réaccélérer sa croissance, à restaurer ses marges et à démontrer que la marque Aperol n’a pas atteint son plafond. Campari conserve des atouts structurels, puissance des marques, présence mondiale, capacité marketing, mais la confiance devra être regagnée par une amélioration tangible des ventes et une meilleure visibilité sur la dynamique du marché des spiritueux.