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Changements de voie

Choisir des gagnants dans un environnement qui change, avec des taux d'intérêt qui montent.Choisir des gagnants dans un environnement qui change 

Le marché des actions est mu par les évènements économiques : ceux-ci peuvent être de nature séculaire, ou avoir lieu sur le court terme. Les cycles économiques s’inscrivaient par le passé sur une moyenne de 9 années. Aujourd’hui, ils ont une durée beaucoup plus réduite, d’à peine 2 ans ; par ailleurs, les écarts entre le haut et le bas du cycle sont plus marqués.

Cette évolution entraîne plusieurs conséquences. La première, c’est que les investisseurs ont tendance à prendre des décisions tardives et à rester à la traîne par rapport à la réalité du marché. De plus, les professionnels de l’investissement surestiment souvent les potentiels de hausse et les reallocations dans un secteur interviennent plus fréquemment. Le cycle économique se décompose en principe en quatre phases distinctes : expansion, ralentissement, contraction et enfin reprise. Les performances des entreprises reflètent dans une large mesure ce schéma, mais elles n’interviennent pas toutes à la même vitesse ; certaines entreprises ne se limitent pas en effet à leur activité principale et sont très diversifiées. Dès qu’un cycle économique se termine, un nouveau commence ; il semble que c’est un éternel recommencement.

Il est intéressant dans ce contexte d’appliquer les analyses de dispersion et de similitude et donc de détecter quelles possibilités se présentent dans différents secteurs d’activité. Si nous partons de l’information obtenue, nous arrivons à la conclusion que les analystes, gestionnaires de fonds et journalistes se trompent à propos du marché américain, qu’ils estiment en retard pour une rectification. Certes, le marché américain est dans sa septième année de croissance continue ; le développement du gaz de schiste et la réindustrialisation subséquente ont alimenté le marché ces cinq dernières années et reprennent en ce moment même leur souffle. Cependant, d’autres secteurs, dont celui de la technologie qui met en place et déploie l’Internet des Objets (IdO), peuvent reprendre le flambeau. De plus, les actions des secteurs biens de consommation et énergie sont par définition plus résistantes pendant une phase de contraction ; or, cette phase est la prochaine étape pour les États-Unis.

Il existe toujours des preuves statistiques qui peuvent étayer l’une ou l’autre de ces idées. Mais une décision d’investissement ne devrait pas être prise seulement en fonction des statistiques. Désormais, les cycles économiques sont plus courts que jamais. La croissance qui découle d’une activité n’a plus rien de linéaire, elle est un évènement imprévisible. Il est donc nécessaire de se tenir à une approche disciplinée. Les stratégies de recherche de la performance sont très difficiles à mettre en place, et la plupart du temps, sur une longue période, elles sont vouées à l’échec plutôt qu’au succès. 

L’environnement monétaire inédit fondé par les principales banques centrales (Réserve fédérale, BCE, Banque d’Angleterre et Banque du Japon) a fait chuter les taux d’intérêt à des niveaux très bas ces dernières années. En réalité, depuis les années 70, les taux d’intérêt ont diminué constamment, à de rares exceptions près. Les trois principales classes de répartitions d’actifs se trouvent donc affectées : liquidités, obligations et actions. Liquidités et obligations n’offrent aucun rendement aujourd’hui ; quant aux actions, elles sont devenues ultra-sensibles à certains chiffres clés des sociétés, comme les estimations de croissance des résultats sur un ou deux ans. La vie d’une société peut être décrite comme un assemblage de phases distinctes, chacune étant complètement différente des autres. Identifier les périodes charnières est alors nécessaire et c’est justement le travail du gestionnaire de placements. En cas d’échec, il sera préférable de se tenir à ses choix d’action jusqu’au prochain recul, sauf s’il existe dans le secteur une tendance prédominante négative.    

Les investisseurs qui recherchent des biens conformes aux réglementations ou simplement la tranquillité d’esprit seraient bien avisés de prendre en compte le nouveau paradigme et de s’adapter. La préservation du capital et les modèles générateurs de bénéfices sont condamnés ces prochains trimestres à produire des retours négatifs d’envergure. D’un autre côté, la répartition stratégique et l’exploitation d’occasions spécifiques parmi les tendances séculaires solides demandent d’avoir une vision plus large sur les cinq ans à venir