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Débouchés d’investissement dans le secteur des énergies

Débouchés d’investissement dans le secteur des énergies - analyses et recommendationsDébouchés d’investissement dans le secteur des énergies

La formule jusqu’à nos jours était éprouvée : l’énergie produite provenait de quelques sources déterminées ; lors de sa distribution, l’utilisateur final n’avait que peu de choix. Aujourd’hui, le panel de sources d’énergie est vaste et le consommateur dispose d’un nombre croissant de possibilités parmi elles.    

Cette tendance est le résultat d’une révolution conceptuelle qui s’est étendue à tous les aspects du secteur de l’énergie ; ses aspects incluent l’intégration des nouvelles technologies, les techniques novatrices d’exploration et de développement des ressources en pétrole ou en gaz, mais aussi la mise à disposition accrue d’énergies alternatives.  

Considérons le secteur de l’énergie traditionnelle. À l’heure actuelle, les prospecteurs de pétrole ou de gaz ont une approche différente ; leur production s’est déplacée vers les pays plus riches. Deux premières explications peuvent être posées  : les consommateurs témoignent d’une certaine frilosité vis-à-vis des énergies en provenance de régions où l’extraction est cause de troubles sociaux ; la mise à disposition de moyens technologiques ouvre sur des méthodes de forages plus sûres et de nouveaux procédés.  

Cependant, un changement plus important prend corps. Depuis des décennies, les grands groupes investissaient dans les ressources pétrolières et gazières des régions en voie de développement et les exploraient. Ils réorientent désormais leurs investissements vers les régions plus riches. Leurs efforts portent en particulier sur les techniques de fracturation en eaux profondes, un exemple absolu de procédé impossible avant ces cinq dernières années. Sur place, les coûts immédiats engendrés par les réglementations légales et sécuritaires sont certes plus élevés, mais la stabilité politique et les systèmes de sécurité sociale garantissent des flux de trésorerie plus prévisibles. D’autres éléments s’ajoutent pour expliquer le changement de cap des producteurs ; nous les évoquerons en détail plus bas.    

Implications et problématique du risque souverain  

Au début de ce siècle, les groupes pétroliers engageaient 345 millions d’USD par an dans l’exploration de nouvelles sources. En 2012, elles ont employé 1,27 milliard d’USD sur un an pour la recherche et le développement de nouvelles sources. Le montant total investi lors de la décennie précédente était réparti à égalité entre les régions développées et non développées, mais la situation est désormais très différente. Selon la recherche de Bernstein, plus de deux tiers du budget disponible alloué à l’exploration pétrolière par ExxonMobil, Shell et Chevron sont destinés aux perspectives dans les pays développés. La dynamique est particulièrement forte ces derniers temps ; à la suite d’une évaluation menée en interne qui a mis à mal son exposition dans les régions instables, Royal Dutch Shell a décidé de quitter le Nigéria. Chevron a pris le parti pour des raisons similaires de partir du Tchad et Exxon a vendu ses parts en Irak et en Indonésie.  

Par le passé, les compagnies pétrolières estimaient que les problèmes comme la corruption, les risques d’enlèvements et les dégâts causés aux infrastructures étaient le prix à payer pour explorer et développer un gisement. Ces dernières années, la concurrence des groupes détenus par les états s’est accrue ; les accords commerciaux passés avec les gouvernements en place se sont révélés de moindre intérêt. Les potentiels de hausse des compagnies pétrolières ont diminué en conséquence. Les problèmes de souveraineté en particulier en Afrique et en Asie centrale ont fini par convaincre les grands groupes pétroliers de changer de voie.  

La menace se précise : risques politiques et opérationnels  

Les accidents qui surviennent parfois dans l’industrie pétrolière sont coûteux, en terme de vies humaines, mais aussi en terme de dommages environnementaux et matériels.   Sur la mer du Nord, en 1988, la plateforme pétrolière et de production gazière Piper Alpha sombra à la suite d’une explosion. Deux tiers de l’équipe opérationnelle en place périrent. Le coût matériel s’éleva à 3,4 milliards d’USD. En mars 2001, Petrobras perdit sa plateforme de production en mer P-36, à la suite de l’explosion d’une citerne. Le coût de l’accident se chiffra à 400 millions d’USD. En 2010, Deepwater Horizon coula dans le Golfe du Mexique à la suite d’une défaillance. Les complications techniques et pratiques s’accumulèrent de telle sorte que le déversement perdura cinq mois. Le coût total supporté par BP excéda les 50 milliards d’USD. De plus, l’exploitant du site fut soumis à une interdiction d’acheter de nouvelles surfaces dans la région ; le potentiel de développement de la compagnie pétrolière aux États-Unis resta donc limité pendant 4 ans.  

BP décida alors de mettre en avant d’autres projets dans de meilleures conditions géologiques. Cependant, aujourd’hui, le groupe fait de nouveau les gros titres en raison de sa participation à hauteur de 20 % dans la compagnie de production russe, OAO Rosneft. Rosneft a en effet pris le contrôle des fonds de Yukos Oil lors de sa banqueroute de 2005-2006 ; un arbitrage international est intervenu, et Rosneft doit restituer plus de 50 milliards d’USD aux investisseurs internationaux. Les actionnaires de Rosneft doivent prendre en charge la plupart de la dette, et BP endosse pour sa part, la responsabilité de 10 milliards d’USD.    

Ces quelques exemples viennent étayer le fait que l’exploration et le développement des ressources sont tributaires de données géopolitiques, environnementales, géologiques et opérationnelles. Les pénalités constituent également un problème majeur, puisqu’elles ne sont pas prises en compte dans les plans d’affaires. De plus, elles interviennent plus que par le passé et aux dépens des actionnaires. Dans ces circonstances, les actionnaires se trouvent face à des paiements plus faibles de dividendes et à la baisse de leurs valeurs investies sur une période donnée.    

Les défis du secteur de l’énergie  

La demande croissante en énergie, les tensions géopolitiques autour de l’exploration de sources pétrolifères et nos consommations et dépendances aux produits issus du pétrole devraient être autant d’arguments pour convaincre les élites politiques et économiques de redéfinir la production d’énergie et sa mise à disposition.    

Le cycle de production et d’utilisation de l’énergie (soit la transformation d’un élément en force destinée à servir l’humain) trouve ses racines à l’origine de l’humanité. Les changements de ces dernières années portent sur le processus de transformation de l’élément premier en énergie ; ce processus s’est amélioré de façon exponentielle et dans le même temps, la possession et la consommation d’énergie sont devenues plus faciles et plus sûres.  

Ces dernières années également, les ressources alternatives se sont développées, mais elles ne sont pas parvenues à une percée significative. Pour quelles raisons ? Cette situation nous évoque d’autres faits historiques ; un parallèle intéressant peut être établi : à chaque fois qu’un objet révolutionnaire a été élaboré, il a fallu du temps avant que son usage ne se répande. L’obstacle ultime était et reste le manque d’infrastructures. Même dans le monde actuel, le défi majeur pour le secteur de l’énergie est la construction d’infrastructures adaptées aux demandes et attentes du consommateur.  

Les conditions dans le segment des combustibles fossiles  

Jusqu’à récemment, 60 % de l’offre en approvisionnement était remplie par les groupes publics. C’était d’ailleurs un moyen imparable de conserver un ratio offre demande équilibré ; un producteur appartenant à l’état hiérarchise ses objectifs autrement que sur la simple base du bénéfice immédiat. Toutefois, les producteurs indépendants opérants dans d’autres régions que celles de l’OPEP sont survenus ; le temps d’une réponse instantanée en terme de production de pétrole à la demande mondiale suivant sa situation économique est révolu. Les producteurs indépendants parviennent à opérer sur des territoires où l’exploration et la production s’avèrent plus complexes et ardues, et où les coûts sont par conséquent plus élevés ; l’exploration de réserves avec un prix du baril inférieur à 60 USD n’est donc pas rentable. Le contexte se répercute sur le marché à terme : les contrats à plus long terme sont passés ces 4 dernières années sous la barre de leur catégorie de prix, soit 80 à 85 USD.    

L’exploration conventionnelle était vraisemblablement à son comble avant 2010. Cependant, les études démontrent qu’en réalité, les ressources sont suffisantes sur la planète pour couvrir les besoins des décennies à venir. Les réserves ne sont donc pas le problème ; la question est plutôt de satisfaire une demande en hausse constante grâce aux méthodes actuelles d’exploitation.      

Le taux de récupération actuel d’un nouveau champ d’exploitation est en moyenne de 35 % sur le total des ressources disponibles. Pour la plupart des champs, les nouvelles technologies numériques porteront ce ratio jusqu’à 50 %. Il existe pourtant nombre de champs non conventionnels tels les champs de sable bitumineux et d’huile de schiste, où les ratios d’exploration se maintiendront en dessous de la moyenne en raison des conséquences environnementales négatives.  

Les champs non conventionnels tels les champs d’huile de schiste disposent, de plus, de durées de vie courtes, avec 33 % de la capacité totale exploitée lors des 12 à 15 premiers mois. Après cette période, la production diminue rapidement ; en moins de 3 ans, le puits n’est plus rentable et chaque compagnie se doit donc d’analyser ses possibilités d’investissements avant d’entreprendre un forage.  

Sensibilisation et croissance des énergies alternatives  

Notre mode de consommation d’énergie est la cause d’une pollution considérable et perceptible dans l’air, l’eau et les sols. En réalité, alors que de nombreux débats persistent encore dans les médias, le consensus scientifique établit que les changements climatiques sont très probablement dus à l’augmentation de la consommation d’énergie et qu’ils sont le résultat des gaz à effet de serre produits par l’humanité. Plusieurs questions se posent : qui est responsable des coûts et quels facteurs de distribution peuvent être appliqués à différents types de consommateurs ? Les consommateurs sont désormais conscients que les coûts engendrés par la dépollution des sols ou le déclassement des centrales nucléaires ne pourront plus être reportés sur la génération suivante. Définir un ordre de coût pour un facteur impossible à prévoir est aujourd’hui ressenti comme une sanction par les consommateurs ; cependant, ces coûts devraient être présentés comme une assurance couvrant les charges futures et le taux d’absorption serait bien plus haut.

Le principe n’est valide que s’il est appliqué unilatéralement. Nous arrivons au point suivant : un niveau élevé de sensibilisation a été atteint autour de la problématique de l’énergie ; cependant, la plupart des gouvernements n’ont pas ratifié de traité ou implémenté une stratégie d’écotaxes sur l’énergie. En conséquence, ils influencent non seulement le secteur de l’énergie, mais l’économie entière. L’énergie étant meilleur marché aux États-Unis qu’en Europe, certaines entreprises européennes ont déménagé une part de leur production aux États-Unis.  

Au final, il existe bien un marché pour l’énergie alternative : il reflète la plupart des problèmes que nous avons évoqués plus haut. Toutefois, il ne s’est pas entièrement développé et le déploiement d’une énergie alternative et efficace avec un réseau de production et distribution adéquat nécessitera des décennies.    

 

Nous publierons ces prochains jours des articles dont la liste figure ci-dessous et qui entrent dans le détail du contexte décrit ici. N’hésitez pas à partager ces articles.    

Liens vers les analyses : pourvoyeurs et « facilitateurs »  

  • Opportunités d’investissement dans les sociétés de services pétroliers
  • Opportunités d’investissement parmi les opérateurs du transport d’énergie
  • Opportunités d’investissement parmi les grands groupes pétroliers
  • Opportunités d’investissements parmi les fournisseurs d’énergie alternative
  • Opportunités d’investissement dans les centrales de production d’énergie
  • Opportunités d’investissement parmi les fournisseurs de services et d’infrastructures pour les usagers
  • Bénéficiaires des exportations américaines de pétrole