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Faux pas passagers de l’économie?

Quelle direction prend le marché?Parlons de l’Europe : le point de vue économique

Selon nos estimations, les incertitudes macro-économiques resteront encore importantes pour une durée indéterminée. Plusieurs causes sont à l’origine de ce fait. Tout d’abord, à travers le monde, ces dernières semaines ont vu l’apparition d’une certaine prise de conscience de l’état effectif. Par le passé, les bonnes nouvelles avaient pourtant su revigoré l’économie mondiale, avec la réduction du taux de chômage, les augmentations de la richesse et du pouvoir d’achat, le renouveau de l’industrialisation en Europe et aux États-Unis, etc.

Ces données certes positives ont eu une portée toute relative dans l’opinion, tant il est vrai que la société se tourne désormais vers un ultra-court terminisme. Les informations, qui préoccupent et déstabilisent, s’accumulent : le scandale qui ébranle VW, le cas de Glencore, le flux migratoire vers l’Europe, l’économie des régions développées qui subit un manque d’activité en Chine, l’Amérique Latine victime en premier lieu de la faiblesse du prix des matières premières (en l’absence de consommation asiatique) ;  de plus, l’économie peu diversifiée envenime la situation, provoque un trop plein… et l’effet boomerang gagne les marchés.

Nous restons confiants en ce qui concerne les perspectives de croissance : elles sont à notre avis intactes, en particulier en Europe et en Asie. Mais l’attitude du marché, elle, a peu de chance d’évoluer rapidement. En effet, nous n’avons pas encore traversé une phase de réajustement global (croissance plus faible dans les pays émergents, augmentations des taux d’intérêt et diminutions des rendements sur les placements en actions). L’attractivité du placement financier et l’immédiateté du gain escompté sont en réalité très au-delà de celles procurées par un investissement classique (celui qui consiste à créer une société et à la faire tourner pour générer de la richesse).

Dès demain, les investisseurs seront bousculés de toute part : absence de projets socio-économiques, insuffisance de leviers budgétaires, abandons des espoirs de renouveau par le biais de changements politiques… Ces éléments ont un seul dénominateur commun : le manque de bien-être actuel et la perte de confiance en un avenir meilleur. La jauge « consommation » le reflète parfaitement, ici en Europe, comme aux États-Unis, en Asie et en Amérique latine. Seuls les projets viables d’investissement et qui couvrent les besoins fondamentaux auront une chance de survie.

 

Nul n’est censé ignorer la loi

Manifestement, il subsiste peu de doutes quant à la méconnaissance par les autorités de contrôle et les systèmes d’homologation de chaque pays des agissements en vigueur dans le secteur automobile. Il est aisé de conclure d’une part que l’opinion ignore la réalité, et que d’autre part, nos autorités ont favorisé cette situation et ses ramifications. Mon argument peut sembler certes simpliste, mais c’est sans doute l’explication la plus plausible aux débâcles de la firme allemande ;  les dirigeants politiques européens et américains n’ont d’ailleurs aucun intérêt à sacrifier le secteur automobile (qui représente une part non négligeable de l’emploi en Europe, aux États-Unis et en Asie). Cette attitude qui consiste à fermer les yeux et tant pis pour celui qui se fait prendre, est peu honorable.

Plus grave encore, la société intente un procès moral à Volkswagen et des sanctions économiques vont être décidées à l’encontre de la société. La question fondamentale demeure, elle, sans réponse : pourquoi une société comme VW procède-t-elle ainsi ? La perspective de gains immédiats et l’obligation de satisfaire les actionnaires jouent sans aucun doute un rôle primordial. Selon nous, néanmoins, ces deux éléments ne représentent qu’une partie de l’équation. En effet, l’industrie automobile doit s’atteler à démontrer aux autorités politiques que le progrès vers une alternative verte est possible et qu’il est déjà en marche. A contrario, en l’absence de résultats tangibles, les autorités seront tentées par un harcèlement sans fin et s’ingéreront au final dans les affaires des entreprises.         

À présent, l’industrie automobile est entièrement remise en cause et accusée de duperie. Permettez-moi de remarquer qu’aucun politicien n’a été tenu responsable de ses actes et de ses paroles arbitraires ou injustes. Nul n’est censé ignorer la loi, c’est vrai et le principe doit s’appliquer à tous, également aux hommes et femmes politiques qui jonglent avec les dossiers sur le progrès. Les progrès techniques en matière d’énergie alternative ou de réduction des émissions de CO2, tels qu’ils sont lorsqu’ils figurent parmi les arguments, qu’ils sont présentés et exigés par nos élus et nos institutions, sont tout simplement à des années de lumière de nous…

Le monde entier tourne aujourd’hui sur le mode de l’immédiateté. Mais s’il nous faut tout, tout de suite, la note risque d’être en conséquence plus élevée que prévu. Bienvenue dans l’ère de Jules César !