À première vue, le développement des robots humanoïdes et la dépréciation du dollar américain semblent appartenir à deux univers distincts. D’un côté, un récit technologique fascinant, dominé par l’intelligence artificielle, l’automatisation industrielle et la promesse d’une productivité sans précédent. De l’autre, une analyse macroéconomique plus classique, faite de taux d’intérêt, de flux de capitaux, de croissance relative et de marchés des changes.
Et pourtant, ces deux dynamiques sont profondément liées.
L’histoire économique montre que la domination monétaire n’est jamais un phénomène purement financier. Elle repose toujours, en dernier ressort, sur une base bien plus concrète : la capacité d’un pays ou d’un bloc à produire, exporter, imposer ses standards et structurer les chaînes de valeur mondiales. La monnaie dominante est rarement la cause première de la puissance ; elle en est le reflet.
Dans ce contexte, l’essor de l’IIoT (Industrial Internet of Things), de la robotique avancée et, plus récemment, des humanoïdes industriels, constitue bien plus qu’une révolution technologique. Il s’agit d’un réalignement structurel de la puissance productive mondiale, avec des implications directes, bien que souvent sous-estimées, pour l’équilibre monétaire international et pour le rôle du dollar américain.
Alors que le billet vert connaît en 2025 sa plus forte dépréciation depuis plus de cinquante ans, et que son statut de valeur refuge est progressivement remis en question par les investisseurs internationaux, une autre transformation se déroule en parallèle : la montée en puissance d’une infrastructure productive automatisée, largement dominée par la Chine.
Ce billet propose donc une lecture transversale :
👉 Et si la bataille monétaire de demain ne se jouait pas d’abord dans les banques centrales, mais dans les usines intelligentes, les chaînes d’approvisionnement robotisées et les standards technologiques de l’industrie du XXIᵉ siècle ?
La fin d’un super-cycle du dollar
Le dollar américain vient de traverser un tournant historique. Au premier semestre 2025, l’indice du dollar a chuté d’environ 11 %, enregistrant sa plus forte baisse depuis 1973. Cette correction marque la fin d’un cycle haussier entamé au début des années 2010, durant lequel le dollar s’est apprécié de près de 40 %.
Il est important de souligner que cette dynamique ne traduit pas un effondrement brutal du système dollar. Il s’agit plutôt d’un déclin relatif, progressif, mais structurel.
Pendant plus d’une décennie, la domination du dollar a été soutenue par :
- Une croissance américaine supérieure à celle du reste du monde
- Des taux d’intérêt plus élevés
- Des marchés financiers profonds et liquides
- Un afflux constant de capitaux internationaux
Ce régime touche aujourd’hui à ses limites. Les écarts de croissance se réduisent, la Réserve Fédérale (FED) se dirige vers un cycle de baisse des taux, et la dette publique américaine atteint des niveaux qui nourrissent une remise en question croissante de la soutenabilité à long terme du modèle, si la croissance économique devait être absente.
Surtout, un changement plus subtil est à l’œuvre : les investisseurs étrangers commencent à couvrir leur exposition au dollar, ce qui revient, mécaniquement, à vendre de la devise américaine. Ce mouvement, encore graduel, pourrait générer des flux massifs compte tenu des plus de 30 000 milliards de dollars d’actifs américains détenus par des non-résidents.
Autrement dit, le dollar cesse progressivement d’être perçu comme un actif “sans alternative”.
Le privilège exorbitant et ses limites
Le statut de monnaie de réserve mondiale confère aux États-Unis ce que Valéry Giscard d’Estaing appelait le « privilège exorbitant » : la capacité de financer leurs déficits en émettant leur propre monnaie.
Mais ce privilège repose sur un équilibre fragile. Pour que le monde dispose de suffisamment de dollars, les États-Unis doivent structurellement :
- Importer plus qu’ils n’exportent
- Maintenir des déficits courants
- Fournir des actifs financiers liquides au reste du monde
Ce mécanisme, connu sous le nom de dilemme de Triffin, fonctionne tant que l’économie dominante conserve une supériorité productive, technologique et institutionnelle claire.
Or, depuis plusieurs décennies, les États-Unis ont progressivement :
- Financiarisé leur économie
- Externalisé une partie de leur appareil productif
- Accru leur dépendance aux chaînes de valeur mondiales
C’est précisément dans ce contexte qu’intervient la révolution de l’automatisation industrielle.
L’IIoT et les humanoïdes : une révolution productive, pas seulement technologique
Le développement des robots humanoïdes, tel qu’analysé par Morgan Stanley, ne doit pas être interprété comme un simple prolongement de la robotique classique. Il s’agit d’un changement d’échelle.
Les chiffres sont éloquents :
- Un marché potentiel de plus de 5 000 milliards de dollars à l’horizon 2050
- Près de 1 milliard d’humanoïdes en circulation
- Environ 90 % dédiés à des usages industriels et commerciaux
- Une adoption massive dans la seconde moitié des années 2030
Ces humanoïdes ne sont pas conçus pour remplacer des assistants domestiques à court terme, mais pour s’intégrer dans les processus productifs existants, en particulier dans les environnements industriels structurés.
Couplés à l’IIoT, à l’intelligence artificielle et aux systèmes de production intelligents, ils permettent :
- Une réduction drastique des coûts de production
- Une production continue et flexible
- Une moindre dépendance à la main-d’œuvre
- Une résilience accrue face aux chocs logistiques
En clair : ils rendent possible une réindustrialisation sans retour aux contraintes du modèle industriel du XXᵉ siècle.
La souveraineté productive comme fondement de la souveraineté monétaire
L’histoire économique est sans ambiguïté : la monnaie dominante est presque toujours celle de la puissance industrielle.
La livre sterling a dominé lorsque le Royaume-Uni était l’atelier du monde. Le dollar s’est imposé lorsque les États-Unis concentraient innovation, production et exportation de valeur ajoutée.
Aujourd’hui, l’automatisation avancée redéfinit cette équation.
Les pays capables de maîtriser :
- Les robots
- Les composants critiques
- Les logiciels industriels
- Les standards de production
seront en mesure de produire localement, à grande échelle, avec une efficacité supérieure.
Cette capacité réduit mécaniquement :
- La dépendance aux importations
- Le besoin de financement extérieur
- L’exposition aux fluctuations monétaires
À terme, moins de commerce international signifie moins de besoin d’une monnaie de règlement universelle.
La Chine, la robotique et la fragmentation monétaire
L’un des points les plus marquants de l’analyse des humanoïdes est le rôle central de la Chine.
Pékin bénéficie :
- D’un soutien étatique massif
- D’une chaîne d’approvisionnement quasi autonome
- D’une avance significative sur les composants critiques (moteurs, batteries, réducteurs, capteurs)
Alors que les États-Unis conservent un avantage notable dans la conception de systèmes, certains segments logiciels et les écosystèmes d’innovation, ils demeurent largement dépendants de fournisseurs asiatiques, et plus largement émergents, pour la production industrielle à grande échelle. Cette dépendance ne concerne pas uniquement la Chine, mais s’inscrit dans un réseau plus vaste de pays désormais structurés autour des BRICS et des BRICS+.
Ce leadership industriel élargi confère à ces pays plusieurs leviers stratégiques :
- La fixation progressive de standards technologiques et industriels, notamment dans la robotique, l’IIoT, l’énergie et les infrastructures numériques ;
- La multiplication des échanges bilatéraux et régionaux libellés hors dollar, souvent en monnaies locales ou via des mécanismes de compensation ;
- Une réduction graduelle de l’exposition collective au dollar, rendue possible par une base productive plus autonome et par des chaînes de valeur de plus en plus intégrées au Sud global.
Dans ce cadre, la dédollarisation ne prend pas la forme d’un basculement brutal ou idéologique, mais d’une recomposition pragmatique et opportuniste du système monétaire international. Les BRICS n’ont pas vocation à imposer une monnaie alternative unique, mais à réduire leur vulnérabilité au dollar en exploitant leur poids industriel, démographique et énergétique. L’autonomie productive, permise notamment par l’automatisation avancée, constitue le socle silencieux mais déterminant de cette stratégie.
Une boucle autorenforçante
Les deux dynamiques, automatisation et affaiblissement du dollar, s’alimentent mutuellement :
- La dépréciation du dollar incite à investir dans des actifs réels et productifs
- Les États accélèrent leurs investissements dans l’automatisation et l’IIoT
- La production devient plus locale et plus autonome
- Les échanges internationaux ralentissent ou se régionalisent
- La demande structurelle de dollars diminue
Ce processus est lent, mais cumulatif.
Ce que cette lecture ne dit pas (encore)
Aussi séduisante que soit cette lecture reliant souveraineté productive et souveraineté monétaire, elle comporte plusieurs risques d’interprétation et mérite d’être nuancée.
Premièrement, le dollar conserve des avantages structurels difficiles à répliquer. La profondeur et la liquidité des marchés financiers américains, l’État de droit, la transparence institutionnelle et la capacité d’absorption des chocs restent sans équivalents à l’échelle mondiale. Même si la Chine domine certaines chaînes de valeur industrielles, son système financier demeure largement fermé, contrôlé et perçu comme moins fiable par les investisseurs internationaux. À ce stade, aucune devise alternative, ni l’euro, ni le yuan, ni des règlements en monnaies locales au sein des BRICS, ne réunit l’ensemble des caractéristiques nécessaires pour remplacer pleinement le dollar comme monnaie de réserve globale.
Deuxièmement, l’automatisation ne garantit pas mécaniquement une réindustrialisation réussie. Les humanoïdes et l’IIoT nécessitent des investissements massifs, une main-d’œuvre hautement qualifiée, une énergie abondante et bon marché, ainsi qu’un cadre réglementaire favorable. Les États-Unis conservent un avantage significatif en matière d’innovation logicielle, de semi-conducteurs avancés et d’écosystèmes entrepreneuriaux. Une montée en puissance tardive mais rapide de l’automatisation américaine ne peut donc être exclue, ce qui pourrait rééquilibrer partiellement le rapport de force industriel.
Troisièmement, le commerce mondial pourrait se transformer plutôt que de se contracter. L’IIoT et la robotique ne signifient pas nécessairement moins d’échanges, mais potentiellement des échanges différents : plus intensifs en données, en logiciels, en services industriels et en propriété intellectuelle. Or ces flux immatériels restent largement libellés en dollars. Dans ce scénario, la demande de dollars ne disparaîtrait pas, mais se déplacerait vers d’autres segments de l’économie mondiale.
Enfin, il existe un risque géopolitique majeur. La concentration des chaînes de valeur robotisées en Chine pourrait inciter les États-Unis et leurs alliés à réagir par des politiques industrielles agressives, des restrictions commerciales ou des contrôles technologiques renforcés. Une telle fragmentation pourrait paradoxalement renforcer temporairement le rôle du dollar en tant qu’actif refuge, en période de tensions accrues.
Ces contre-arguments rappellent une réalité essentielle : la transition monétaire et industrielle en cours est non linéaire, conflictuelle et incertaine. Le dollar ne s’efface pas, et l’automatisation ne redistribue pas mécaniquement la puissance. Mais c’est précisément dans cet entre-deux, fait de frictions, de bifurcations et de choix stratégiques, que se dessinent les grandes tendances de long terme.
Scénarios 2030–2040 : monnaie, industrie et puissance productive
À l’horizon 2030–2040, les trajectoires monétaires et industrielles ne convergeront pas vers un scénario unique. Les dynamiques décrites, automatisation, robotique humanoïde, fragmentation monétaire, sont puissantes, mais leur expression dépendra de choix politiques, de ruptures technologiques et de chocs exogènes. Plusieurs scénarios plausibles coexistent.
Scénario 1 — Continuité aménagée : le dollar s’adapte sans perdre sa centralité
Dans ce scénario, le dollar demeure la principale monnaie de réserve mondiale, mais son rôle devient moins hégémonique et plus pragmatique.
Les États-Unis parviennent à :
- Accélérer leur propre transition vers l’automatisation avancée
- Réindustrialiser partiellement certaines chaînes critiques
- Maintenir l’attractivité de leurs marchés financiers
L’IIoT et la robotique progressent, mais sans provoquer de rupture brutale du commerce mondial. Les échanges restent massifs, et le dollar conserve son statut de monnaie pivot pour les flux financiers globaux, même si sa part relative dans les réserves mondiales continue de s’éroder.
👉 Implication :
Le dollar reste dominant, mais plus cyclique. Les investisseurs privilégient une diversification accrue sans abandonner les actifs américains.
Scénario 2 — Fragmentation régionale : un monde multipolaire et multi-devises
Ici, l’automatisation et les humanoïdes accélèrent la régionalisation des chaînes de valeur.
Les BRICS et les économies émergentes :
- Produisent davantage localement
- Échangent de plus en plus en monnaies nationales
- Développent des infrastructures de paiement indépendantes
Le dollar reste important, mais essentiellement dans :
- Les marchés financiers
- Les transactions transatlantiques
- Certaines matières premières
👉 Implication :
Un système monétaire multipolaire émerge, avec plusieurs devises régionales fortes. La gestion du risque de change devient centrale pour les investisseurs et les entreprises.
Scénario 3 — Souveraineté industrielle comme arme géopolitique
Dans ce scénario plus conflictuel, la robotique, l’IIoT et l’IA deviennent des outils explicites de puissance géopolitique.
Les grandes puissances :
- Subventionnent massivement l’automatisation
- Restreignent les exportations de technologies critiques
- Fragmentent volontairement les chaînes de valeur
La confiance dans le système monétaire global recule. Le dollar bénéficie encore ponctuellement de son rôle d’actif refuge lors des crises, mais son usage comme instrument géopolitique accélère la recherche d’alternatives.
👉 Implication :
Volatilité accrue des devises, montée en puissance des actifs réels (énergie, métaux, infrastructures) et forte prime accordée à la résilience industrielle.
Scénario 4 — Rupture technologique et redéfinition des flux
Ce scénario repose sur une adoption plus rapide que prévu des humanoïdes et de l’automatisation généralisée.
La production devient :
- Extrêmement flexible
- Hautement localisée
- Faiblement dépendante du travail humain
Le commerce mondial ne disparaît pas, mais se transforme :
moins de volumes physiques, plus de flux immatériels (données, logiciels, licences, maintenance).
👉 Implication :
Le dollar conserve une place importante dans les flux financiers et numériques, mais son lien historique avec le commerce de biens s’affaiblit. La valeur se déplace vers les plateformes, les standards et la propriété intellectuelle.
Scénario 5 — Stress systémique et recomposition monétaire accélérée
Dans un contexte de chocs répétés (crises financières, tensions géopolitiques majeures, crises énergétiques), la confiance dans les monnaies fiduciaires s’érode plus rapidement.
Les États et les entreprises :
- Réduisent leur exposition aux devises dominantes
- Accroissent leur détention d’actifs réels
- Multiplient les accords bilatéraux
Le dollar ne disparaît pas, mais son rôle de référence universelle est profondément remis en cause.
👉 Implication :
Retour en force de la gestion du risque systémique, montée des monnaies régionales, de l’or et des actifs productifs stratégiques.
Conclusion prospective
Aucun de ces scénarios n’implique la disparition du dollar. Tous suggèrent en revanche une réduction progressive de son caractère incontournable.
L’élément clé de la période 2030–2040 ne sera pas la monnaie en elle-même, mais la capacité productive automatisée. Ceux qui maîtriseront les robots, les humanoïdes, l’IIoT et les standards industriels disposeront d’un avantage structurel durable, monétaire compris.
👉 Dans ce monde en transition, la question centrale n’est donc plus : quelle monnaie dominera ? mais plutôt :
qui contrôlera l’infrastructure productive qui rend une monnaie crédible ?
Scénarios futurs : probabilité et impact
| Scénario | Description | Probabilité estimée (2030–2040) | Impact sur les investisseurs |
|---|---|---|---|
| Scénario 1 – Continuité maîtrisée | Le dollar reste la principale monnaie de réserve, les États-Unis réindustrialisent partiellement, l’automatisation progresse sans disruption majeure du commerce. | 30–35 % | Le dollar reste dominant mais cyclique ; diversification importante ; risque modéré, rendement stable des actifs américains. |
| Scénario 2 – Fragmentation régionale | Monde multipolaire, les BRICS et économies émergentes commercent de plus en plus en monnaies nationales, développement de systèmes de paiement régionaux. | 25–30 % | La gestion du risque de change devient critique ; opportunités dans les monnaies régionales, infrastructures et production locale ; diversification du portefeuille nécessaire. |
| Scénario 3 – Souveraineté industrielle comme arme géopolitique | Les pays utilisent l’automatisation, l’IIoT et l’IA comme outils géopolitiques explicites ; contrôles à l’export et fragmentation volontaire des chaînes de valeur. | 15–20 % | Forte volatilité ; les actifs réels (énergie, métaux, infrastructures) prennent de la valeur ; la résilience devient un critère clé d’investissement. |
| Scénario 4 – Rupture technologique et redéfinition des flux | Adoption rapide des humanoïdes conduisant à une production très localisée ; le commerce se déplace vers les données, logiciels et propriété intellectuelle. | 10–15 % | L’attention se déplace vers les actifs numériques, la propriété intellectuelle, les plateformes et standards ; le dollar reste important pour la finance mais moins lié aux échanges de biens. |
| Scénario 5 – Stress systémique et recomposition monétaire accélérée | Crises répétées réduisant la confiance dans les monnaies fiduciaires ; diversification accélérée vers les actifs réels et monnaies régionales. | 5–10 % | Scénario extrême ; accent sur la couverture, l’or, les actifs industriels stratégiques ; risque systémique élevé mais opportunités potentiellement importantes. |
Notes sur les probabilités :
-
Ces probabilités sont subjectives, basées sur les tendances actuelles, le rythme de l’automatisation, les tensions géopolitiques et la résilience historique du dollar.
-
Le scénario 1 bénéficie de la probabilité la plus élevée car les avantages américains en finance et technologie restent significatifs.
-
Les scénarios 4 et 5 ont une probabilité plus faible mais un impact élevé, représentant une rupture technologique ou des crises systémiques.
-
Les probabilités ne sont pas strictement additives à 100 % — ce sont des fourchettes reflétant l’incertitude et le chevauchement des facteurs.
Implications pour les investisseurs : changer de boussole, pas de pari
Pour les investisseurs, l’enjeu principal n’est pas d’anticiper la disparition du dollar ni de parier sur une rupture monétaire spectaculaire. L’enjeu est plus subtil : adapter sa grille de lecture à un monde où la puissance financière découle de plus en plus de la capacité productive réelle.
Dans ce contexte, plusieurs attitudes s’imposent.
D’abord, réduire la dépendance implicite au scénario d’exceptionnalisme américain permanent. Cela ne signifie pas abandonner les actifs américains, mais reconnaître que leur surperformance passée reposait sur un environnement, croissance supérieure, dollar fort, financiarisation, qui pourrait devenir plus cyclique et moins asymétrique.
Ensuite, revaloriser les actifs liés à la production, à l’infrastructure et à la souveraineté industrielle. L’automatisation, la robotique, l’IIoT, mais aussi l’énergie, les métaux industriels, les infrastructures critiques et certains actifs réels redeviennent centraux, non pas comme paris tactiques, mais comme piliers stratégiques de long terme.
Troisièmement, intégrer davantage la dimension géopolitique et monétaire dans l’allocation d’actifs. Dans un monde plus fragmenté, la gestion du risque de change, la diversification géographique et l’exposition à plusieurs blocs économiques deviennent des éléments structurants de la performance ajustée du risque.
Enfin, accepter que le dollar ne soit plus uniquement un actif de rendement ou de refuge, mais aussi un actif politique et cyclique. Il restera central, mais moins exclusif, plus contesté et plus sensible aux équilibres industriels sous-jacents.
👉 Pour l’investisseur de long terme, la question n’est donc plus où va la monnaie ?, mais où se reconstruit la capacité à produire, à standardiser et à capter la valeur ?
Conclusion générale : la monnaie suit toujours l’usine
La transition en cours n’est ni spectaculaire ni linéaire. Elle ne se manifeste pas par un effondrement du dollar, ni par l’émergence soudaine d’une nouvelle monnaie hégémonique. Elle prend la forme d’un glissement progressif, souvent invisible à court terme, mais déterminant à l’échelle de plusieurs décennies.
L’histoire économique rappelle une constante : la souveraineté monétaire est toujours la conséquence de la souveraineté productive. Les monnaies dominent lorsque les économies qui les ém
