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La puissance politique et économique de la Russie

PoCombien temps peut-il tenir tete?urquoi la puissance politique et économique de la Russie est-elle si sous-estimée ?

En raison de sa situation géographique, de son organisation politique et culturelle, et aussi de ses ressources inestimables, la Russie occupe une place à part parmi les grandes puissances. L’entière stratégie déployée par Monsieur Poutine repose sur ces bases. Si aujourd’hui, il se retrouve sans allié politique ou économique, il peut toujours compter sur le soutien indéfectible de sa population. À l’inverse, les présidents des gouvernements occidentaux n’ont jamais essuyé dans l’histoire moderne des opinions aussi défavorables qu’en ce moment. Pour preuve, lors du dernier épisode en date, le G20 de Brisbane, un seul homme a tenu compte de l’avis de la population du pays qui l’a élu.

Au contraire de ce qui nous est communiqué par voix officielle, le trouble-fête dans la symphonie mondiale n’est pas la Russie, mais bien l’ensemble du monde occidental. Imaginons un monde sans querelle pour les territoires et les ressources qui s’y trouvent. Bien évidemment, il s’agit d’une utopie, un idéal quasi impossible depuis la nuit des temps. Mais à l’heure actuelle, et c’est une première, des tensions artificielles sont exportées par nos gouvernements dans de nombreuses régions à travers le monde. Dans quel but ?    Nous pouvons envisager ici de multiples raisons, parmi lesquelles les plus importantes sont en tout état de cause les suivantes : manœuvre rhétorique et de propagande, politique (réélection), diversion (autrement dit : aveu d’échec), manque de clairvoyance (nos élus ne sont pas plus clairvoyants que vous et moi), approche trop dogmatique par rapport aux problèmes.

Il est important dès lors de fonder nos décisions sur des connaissances historiques, géographiques et les estimations de croissance future afin de procéder à une analyse de risque pour tout investissement. De quelle manière appliquer nos connaissances aux plus grandes nations des pays développés par exemple ? Ces pays se comportent depuis bien longtemps comme des prédateurs. De plus, depuis des années également, les statistiques établies peuvent être manipulées selon leurs besoins immédiats, ou mieux, certaines informations ne sont tout simplement pas communiquées.

Sur un plan plus pragmatique, certains pays comme les États-Unis tirent certes profit d’un renouveau économique (dû aux investissements en relation avec le gaz de schist et la ré-industrialisation), mais l’embellie ne devrait pas durer. Tous les pays occidentaux connaissent aujourd’hui des conditions peu favorables, telles que : la population vieillissante ; les gains de productivité qui se manifestent par une croissance stable et une inflation moins importante que dans le passé ; la dépendance aux ressources extracontinentales ; le surendettement général des ménages et des états. Ainsi, d’après les recherches que nous avons menées, une augmentation massive des taux d’intérêt ne devrait pas intervenir dans un futur proche, ni même sur les dix à quinze prochaines années à venir. Autrement dit, avec une croissance moins importante que par le passé (pour la décennie à venir, la croissance mondiale est estimée de 3 à 3,5 %), les taux d’intérêt resteront plus ou moins à leur niveau actuel dans les régions développées. Surtout, toute tentative de resserrement monétaire se soldera par des dommages irréversibles sur les économies occidentales, qui sont devenues ultra-sensibles aux coûts de financement de leurs stratégies.

Où se situe la Russie dans ce contexte ?

Le déclin de la population d’origine russe est inexorable depuis les années 1920. Sur les plans économique et géographique, le pays a su affronter seul les multiples problèmes de ces dernières décennies. Aujourd’hui encore, la Russie est un des pays les plus vastes du monde, et sa présence est prépondérante sur le continent asiatique. Un flux migratoire composé en majorité de ressortissants chinois intervient dans l’est de la Russie depuis quelques années. Cette région, abandonnée à la fin de l’ère soviétique, est en voie de repeuplement ; il s’agit d’un signal très positif qui démontre l’essor économique sino-russe. Les immigrants d’origine chinoise apportent un sens des affaires particulier. Dès lors, l’ascension fulgurante de la Chine devrait rejaillir d’un point de vue économique sur cette région ; la situation est significative sur le plan de l’investissement. En effet, les ressources dont la Russie disposera dans un proche avenir transiteront par cette région vers la Chine, la Corée, le Japon et l’Inde. Pour preuve, en mai 2014, la Russie a signé avec la Chine un contrat d’approvisionnement en gaz sur une durée de trente ans et un volume d’environ quatre cents milliards de dollars. C’est en particulier le bassin du MRC qui en bénéficiera.

En tant qu’investisseur averti, il s’agit de considérer avant tout autre élément, la croissance. Ce point précis ne représente pas un problème pour un pays en voie de développement. Il faut alors prendre en compte d’autres facteurs pour déterminer quel investissement est valable. D’un point de vue descendant (top-down), mentionnons l’interaction d’éléments tels que le taux de pénétration du crédit, le taux d’investissement étranger et la dépendance de l’entreprise aux matières premières. Sur le plan d’une société (bottom-up), les éléments tels que la génération de cash-flow, la capacité d’innover (en tenant compte que la norme est de copier les occidentaux), et le secteur d’activité doivent être considérés. En ce qui concerne la région sino-russe, le prochain cycle de croissance prendra racine selon notre analyse dans le secteur des services (sauf services bancaires), mais aussi dans la génération et la transformation de produits alimentaires. Notons d’ailleurs qu’une évolution des mentalités se dessine. Les populations sino-russes, autrefois soumises et endoctrinées sont de mieux en mieux formées et adoptent une approche pragmatique et indépendante. Ce changement va s’avérer favorable au développement des services et du commerce.

Quels facteurs futurs vont influencer la situation globale de la Russie dans le bassin du MRC ?

Les pays émergents sont le théâtre d’une expansion des classes moyennes, qui réclament les mêmes produits et services que ceux proposés aux Occidentaux. Le prestige et la qualité s’imposent comme les critères clés dans une société à la recherche d’un statut. La Russie actuelle n’a rien à offrir à ces populations ; en effet, sa seule stratégie jusqu’à ce jour consiste à développer ses gisements pour accéder aux ressources. Admettons l’hypothèse du réchauffement climatique et considérons ses conséquences sur la Russie, l’Europe, les États-Unis et le Brésil. Commençons par l’hémisphère sud : 

  • Le Brésil : En 2012, plus de 13 % de ses exportations étaient destinées à la région du MRC. Un changement climatique pourrait avoir les mêmes effets qu’en Australie actuellement ; une grande partie de l’Amérique du Sud se transformerait alors et deviendrait impropre aux cultures du soja, du maïs, du coton, etc. Dans un tel scénario, une des conséquences directes serait fort probablement l’effondrement des exportations des produits alimentaires vers l’Europe et les États-Unis. 
  • L’Europe : L’Europe est le seul continent du globe sans ressource primaire exploitable. C’est cependant un continent riche en culture et en histoire. Les ingénieurs européens sont à l’origine de la plupart des avancées technologiques actuelles. En terme de production alimentaire, les produits sont de très bonne qualité et la population est en général critique par rapport aux produits génétiquement modifiés. À l’exception des produits exotiques, l’Europe actuelle pourrait s’autosuffire en ce qui concerne la production alimentaire. Ce ne sera plus le cas demain avec le changement climatique. Pour notre part, nous estimons que seule l’Europe peut être à l’origine d’une solution viable dans le domaine des énergies alternatives et d’un modèle économique autre que ceux déjà connus.  
  • Les États-Unis : Ce pays est par excellence celui de tous les superlatifs pour les consommateurs. Consommer plus et moins cher sont les critères clés sur le sol américain. Les dernières décennies ont vu un mouvement fondamental du pays vers le secteur tertiaire qui contribue à plus de 75 % au PIB actuel du pays. Malgré la réindustrialisation amorcée, les États-Unis restent très dépendants, donc vulnérables au reste du monde d’un point de vue économique. La moindre tentative d’apporter une modification au statut du pays est sévèrement combattue, sur le plan administratif ou sur le plan juridique, voire par une action de portée physique. Comment dans ce contexte les États-Unis vont-ils parvenir à lutter contre le réchauffement climatique, dont nous sommes certes tous responsables, mais qui les touchera probablement plus que n’importe quelle autre nation ?
  • La Russie : Forte de sa superficie d’environ 17.1 millions km2, la Russie est le pays le plus vaste au monde. Elle représente à elle seule 11,5 % de la surface utilisable sur le globe. Néanmoins, une grande partie de son territoire est pour l’instant non arable, soit en raison du permafrost, soit en raison du manque d’eau qui affecte certaines zones et les rend désertiques. Le réchauffement rendra certainement le climat plus doux et plus favorable à la diversité sur la plus grande partie du territoire russe. Les terres arables non exploitées seront des atouts indéniables pour satisfaire à la demande en alimentation plus variée et plus saine de la Chine, de l’Inde et potentiellement de l’Europe, qui de son côté manque cruellement de place pour mettre en place une agriculture durable. Dans l’immédiat, le redéploiement de la structure ferroviaire et routière se dessine. L’emplacement de la Russie, à la croisée de l’Asie et de l’Europe favorise le transport par voie terrestre (train et camion), plus rapide que le transport maritime en cas d’un transport point à point. Lors d’une deuxième phase, l’évolution des transports ouvrira la voie aux services complémentaires, tels que l’industrialisation avec l’installation d’industries secondaires, l’hôtellerie, la restauration.

Nous publierons ces prochains jours les articles dont la liste figure ci-dessous. Ces articles entreront dans le détail quant au contexte évoqué ici. N’hésitez pas à les partager.

 

Liens vers les analyses : pourvoyeurs et « facilitateurs »

  • Opportunités d’investissement dans les sociétés pétrolières
  • Opportunités d’investissement parmi les opérateurs de services
  • Opportunités d’investissement parmi les fournisseurs d’infrastructures
  • Opportunités d’investissement dans le secteur agricole
  • Opportunités d’investissement dans les sociétés qui tirent profit du réchauffement climatique.