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Les marchés ballotés alors que la géopolitique reprend le contrôle

La semaine écoulée a rappelé avec force que les marchés mondiaux restent gouvernés moins par les résultats des entreprises que par la géopolitique. Le bref mais violent bond du pétrole, plus de 10 % en séance avant un retournement rapide, a illustré la sensibilité extrême des investisseurs à toute escalade autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz. Le mouvement a déclenché une alternance brutale entre craintes d’un choc inflationniste et espoir d’un rallye de soulagement, laissant les positions inter‑actifs inhabituellement instables. Les valeurs énergétiques ont progressé, tandis que les cycliques et le transport ont connu des variations abruptes, les marchés tentant d’évaluer la probabilité d’une perturbation de l’offre qui, dans le pire des cas, pourrait propulser le baril vers 150–170 dollars et faire basculer les grandes économies en récession.

Pourtant, malgré cette volatilité, les actions ont enregistré leur plus fort rebond de l’année. Le S&P 500 a gagné environ 3,4 % sur la semaine, le Nasdaq plus de 4,4 %, signant leur meilleure performance de 2026. La rapidité du mouvement suggère que les positions étaient devenues excessivement défensives, le rachat de positions vendeuses amplifiant la reprise une fois le pétrole revenu de ses sommets. L’Europe et l’Asie ont suivi avec des réactions à bêta élevé : le STOXX 600 a progressé d’environ 2 à 2,5 %, tandis que le MSCI Asie hors Japon a bondi de plus de 4 % en une seule séance, reflet de la forte sensibilité de la région aux flux commerciaux et aux prix des matières premières.

Le tableau d’ensemble reste celui de marchés évoluant dans un régime dominé par le macro. La direction dépend du pétrole et de la géopolitique, non des fondamentaux microéconomiques. Le leadership factoriel demeure étroit : l’énergie a profité du choc pétrolier, tandis que les semi‑conducteurs liés à l’IA ont continué d’attirer des flux sélectifs. Les secteurs consommateurs et l’automobile sont restés faibles, et les cycliques ont affiché une volatilité marquée, les investisseurs peinant à concilier momentum de court terme et fragilité de moyen terme.

Sur le plan régional, le rebond américain reste crédible mais fragile, toujours dépendant de l’évolution du pétrole et des anticipations de taux. Le rallye de rattrapage européen reflète des valorisations structurellement plus faibles, qui tendent à surperformer lors des phases de prise de risque. L’Asie hors Japon demeure la région au bêta le plus élevé, capable de gains importants lors des rallyes de soulagement, mais aussi la plus exposée aux chocs liés aux matières premières.

Pour l’heure, les marchés ne valorisent pas un scénario de crise totale. Le rebond des actions malgré le choc pétrolier suggère que les investisseurs anticipent encore une forme de maîtrise de la situation. Mais les risques extrêmes augmentent. Une perturbation prolongée à Ormuz raviverait le spectre de la stagflation : inflation plus élevée, croissance plus faible, et pression renouvelée sur les banques centrales. Le leadership reste par ailleurs étroit, l’IA et les semi‑conducteurs portant l’essentiel du marché tandis que la largeur de participation demeure limitée.

À court terme, le momentum technique et le positionnement soutiennent une poursuite du mouvement haussier. Mais le contexte de moyen terme reste extrêmement fragile, et la variable déterminante n’est plus les résultats des entreprises, c’est la trajectoire du pétrole, et par extension, la stabilité de la région qui le contrôle.