
D’ordinaire, je renonce à commenter les événements politiques : ce n’est pas mon métier. Pourtant, ce qui s’est passé ce vendredi a, de toute évidence, des ramifications économiques.
Depuis plus de 48 heures, nous vivons une tournure de l’histoire européenne. Il serait plus juste de la définir d’ailleurs comme « une de plus ». Les attaques meurtrières de Paris sont sans conteste épouvantables, et elles sont condamnables.
Cependant, le comportement de notre classe politique est désastreux sous plusieurs aspects ; ont-ils saisi les implications de ces évènements et la réalité qui se dessine ? Voici quelques maximes que j’ai pu glaner au fil du Web ces dernières heures :
- « Paris, capitale de la douleur du monde ».
> Ne s’agit-il pas là d’un propos exagéré ? Il me semble que d’autres régions sur le globe sont tout aussi touchées par la guerre.
- « En choc. En pensée avec la France ».
> Quelques heures auparavant, un attentat similaire a eu lieu au Liban. Aucun commentaire marquant n’est intervenu, pourtant les faits avaient la même origine. Faut-il en conclure que la vie d’un Libanais vaut moins que celle d’un Européen ?
- « Atterré par cette violence inouïe, mes pensées sont auprès des victimes, de leurs familles et de la France meurtrie ».
> S’agit-il de naïveté ou faut-il retenir un autre message ? Un élu n’a certainement pas pour fonction de manifester de la compassion. C’est le rôle de l’église, des organisations non-gouvernementales, des familles, des amis et du peuple. Nos élus doivent gouverner, ils doivent apporter les solutions à un problème donné. Ce que le peuple demande à ses dirigeants, c’est un discours, une action dirigée vers des solutions concrètes.
- « Quand ça chauffe : 1) on rentre les gosses ; 2) on suspend Schengen ».
> Voilà une remarque bien populiste. Un homologue grec avec un discours similaire n’a perduré que quelques mois au sein du gouvernement. De plus, notons malheureusement que les attentats de Boston ont eu lieu dans un régime à haute surveillance.
- « … une punition exemplaire… »
> L’usage de ce vocabulaire n’est il pas exagéré ? Je crois savoir que le bagne n’existe plus et que la peine capitale est abolie depuis plus de quarante ans. En réalité, si les terroristes sont vraiment capturés, ils auront droit à un procès en bonne et due forme, à un avocat qui défendra leur cause et à toute la machinerie judiciaire en vigueur de nos jours.
Ces quelques commentaires issus du fil Twitter montrent clairement à quel point le monde politique est déboussolé : il pense et exerce selon des principes passéistes. Or, entre-temps, nous avons changé d’ère, il est temps qu’ils s’attèlent à de nouvelles tâches. La problématique aujourd’hui n’est pas de savoir comment fermer les frontières ou comment surveiller une population, mais plutôt comment recréer une cohésion, l’adhésion à un dénominateur commun, transcender l’appartenance à une nation, bien supérieure aux dogmes politiques.
Ces derniers 65 ans, nos responsables politiques ont tous œuvré à la mise en place de ces dogmes ; dans le même temps, notre société a évolué dans une liberté quasi totale, où tout est permis, où tous les vœux sont exhaussés. Ce cadre est maintenant restrictif, il limite toute évolution possible.
Malheureusement, le moindre changement nécessitera un pouvoir plus ferme et je crains que les partis bourgeois n’en soient pas encore conscients. Pire, nous n’avons pas ou plus les moyens financiers, techniques et humains pour procéder à plus de contrôles. D’un point de vue concret, le temps n’est plus aux paroles.
Le volet économique
Les événements de vendredi passé n’auront pas un impact direct sur les marchés. Mais deux à trois évolutions sont d’ores et déjà prévisibles :
- le taux de change EUR/USD va baisser davantage (la parité d’abord et ensuite 0.90);
- l’insécurité des consommateurs réduira la croissance européenne déjà faible;
- les investisseurs avec un goût pour le risque s’orienteront de préférence vers les placements dans le secteur de la surveillance, de la protection des personnes et des biens immobiliers (en raison de la réponse immédiate donnée par les politiques : nous devons donc nous tourner en priorité vers les constructeurs de drones, de caméras HD, de systèmes de transmission HF, etc.), vers les actions des fabricants de système de défense et d’armement (réarmement de tout le continent européen à venir). Ils vendront leurs participations dans les hôtels de luxe à travers les capitales européennes, les actions des parcs d’attractions, et celles du secteur du tourisme en générale. L’insécurité risque de s’installer dans le temps ; à New York le secteur du tourisme a retrouvé un fonctionnement normal seulement six ans après les événements du 11 septembre.
