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Pourquoi l’Amérique Continue d’Attirer : Le Magnétisme Économique des États-Unis, Au-Delà de Trump

À première vue, les politiques commerciales agressives de Donald Trump, ses droits de douane élevés, sa rhétorique protectionniste et sa stratégie de négociation dure pourraient sembler dissuader les entreprises étrangères. Et pourtant : presque personne ne quitte le marché américain. Pourquoi ? Parce qu’aucune autre économie n’exerce une attraction aussi puissante. Et ce n’est pas un phénomène récent.

L’Amérique fascine. Mieux encore : elle attire, absorbe et finance.

🍫 Une Boîte de Chocolats... et une Leçon de Géopolitique Économique Le chocolatier suisse Bachmann a décidé de suspendre ses exportations vers les États-Unis, après l’annonce par l’administration Trump d’un droit de douane de 39 % sur les produits suisses à partir du 7 août. « Ce n’est pas une décision financière, c’est un statement », a déclaré le CEO Raphael Bachmann sur LinkedIn. Mais soyons honnêtes : si le marché américain avait été vital pour l’entreprise, cette position aurait eu un coût bien plus élevé — et n’aurait probablement pas été adoptée.

🔗 Leçon : La défiance n’est soutenable que si le marché américain n’est pas central. Lorsqu’il est au cœur du modèle économique, la stratégie devient le pragmatisme, non la protestation.

💰 Les Deux Moteurs du Magnétisme Américain 

Consommation & Capital La force réelle des États-Unis repose sur leur capacité unique à générer et attirer deux piliers du capitalisme :

    1. Une demande domestique massive (consommation)
    2. Un capital abondant (investissement)

On entend souvent dire que l’Union européenne est le plus grand marché du monde. C’est vrai… sur le papier. En pratique, l’UE est freinée par :

    1. Des barrières linguistiques et culturelles
    2. Un marché du capital fragmenté
    3. Une complexité et une lenteur réglementaires

À l’inverse, les États-Unis offrent :

    1. Un marché unifié, fluide et immense
    2. Un accès facile au financement
    3. Une forte culture du risque et de la croissance

📈 Pourquoi les Entreprises Choisissent Encore Wall Street

Plusieurs entreprises suisses comme On Holding AG (chaussures), Sportradar Group AG (technologie des données sportives et paris), SOPHiA GENETICS, VectivBio, Molecular Partners, NLS Pharmaceutics (toutes dans la biotech/medtech) ont choisi une cotation directe aux États-Unis. Pourquoi ? Parce qu’il est quasiment impossible de lever du capital de croissance de cette ampleur ailleurs, surtout dans les secteurs Biotech, MedTech et Technologique.

Statistique clé :

  • 💸 100 milliards de dollars de capital-risque levés au T2 2025
  • 70 % provenaient des États-Unis

Même les startups européennes en phase précoce se tournent instinctivement vers la Silicon Valley ou Boston pour lever leurs tours de financement B, C ou D. En Europe, l’écosystème de capital-risque pour le seed et la série A reste mince, voire inexistant. Et même lorsqu’un investisseur corporate manifeste de l’intérêt, les délais de due diligence, les contraintes géographiques et linguistiques, les exigences de conformité (CIS), ainsi que l’inertie administrative font que la technologie concernée est souvent obsolète avant même la signature du deal — expérience vécue.

🔍 Résilience Américaine, Même en Temps de Crise

Souvenez-vous de 2008 : crise des subprimes, chômage record, faillites massives. Beaucoup ont prédit la fin du modèle américain. Pourtant, pendant cette période :

    • Google a consolidé sa domination
    • Amazon s’est mondialement étendu
    • Tesla a créé ses premiers prototypes
    • Les GAFAM sont devenus les titans d’aujourd’hui

➞ Résultat : Selon le rapport Draghi 2024 sur la compétitivité européenne, l’écart de PIB entre les États-Unis et l’UE est passé de +15 % en 2002 à +30 % en 2023. L’écart se creuse.

🐉 Et la Chine ?

La Chine reste le seul vrai rival économique des États-Unis, mais :

    • Elle peine à stabiliser une classe moyenne
    • Elle fait face à un ralentissement structurel
    • Elle maintient un environnement réglementaire opaque Même dans les conflits commerciaux, c’est Pékin qui réagit à Washington, pas l’inverse. Washington fixe encore le tempo mondial.

🔬 Note Stratégique – Ce que les États et les Entreprises Doivent Retenir

💪 Pour les Gouvernements Européens et Suisses :

    • Accélérer la simplification réglementaire
    • Construire un vrai marché du capital
    • Favoriser l’expansion internationale
    • Reéquilibrer les relations transatlantiques

💼 Pour les Entreprises :

    • Prévoir une présence locale aux États-Unis pour contourner les droits de douane
    • Rechercher du capital de croissance américain, surtout en biotech, cleantech et deeptech
    • Surveiller le comportement des consommateurs américains : il reste le compas du capitalisme mondial
    • Intégrer le risque politique américain, mais ne pas fuir le marché

Le Parallèle Brésil–Inde : Dire “Non” a un Coût

Le magnétisme américain est encore plus clair lorsqu’on observe les pays qui tentent de lui résister… et peinent. Le Brésil a refusé de négocier avec Trump sur les droits de douane de 50 %, invoquant la souveraineté. Le président Lula a qualifié les discussions bilatérales d'”humiliation” et s’est tourné vers les BRICS et l’OMC. Une posture noble, certes, mais qui expose les exportateurs brésiliens aux risques suivants :

    • Choc économique majeur
    • Isolement diplomatique
    • Inquiétudes des investisseurs
    • Soutien multilatéral peu fiable

Cette stratégie est possible car les États-Unis ne sont pas leur principal partenaire commercial.

L’Inde, en revanche, n’a pas ce luxe. Avec les États-Unis comme premier marché d’exportation (évalué à 86,5 milliards de dollars), elle devra aussi faire face à une taxe de 50 % dès le 27 août, en réaction à ses achats de pétrole russe. Les secteurs intensifs en main-d’œuvre comme le textile et la bijouterie seraient les premiers touchés, avec une croissance du PIB qui pourrait passer sous les 6 %.

L’Inde est dans une position plus fragile :

    • Les canaux multilatéraux (BRICS, OMC) offrent peu de levier
    • Les partenariats stratégiques avec les États-Unis sont trop précieux (défense, technologie, supply chains)
    • Son attractivité en tant qu’alternative à la Chine pourrait s’effriter

🔀 Leçon : La défiance peut sembler courageuse, mais l’éloignement du marché américain a un coût économique potentiellement dévastateur, surtout pour les économies qui en dépendent fortement.

🎯 Conclusion : Le Rêve Américain Est Encore une Stratégie — Pas un Mythe

Les coups de tambour de Trump n’ont pas changé les fondamentaux. Les États-Unis restent le centre névralgique de l’économie mondiale : source de demande, de capital, d’innovation et de culture de consommation. Pour les entreprises comme pour les pays, se passer du marché américain n’est envisageable que si l’on accepte d’en payer le prix fort.

🚀 Que vous soyez chocolatier suisse, exportateur brésilien ou startup technologique indienne, la réponse n’est pas la fuite. C’est la résilience, la présence et l’intégration intelligente dans le moteur américain.

📉 Ce qu’un Investisseur Suisse Doit Retenir

Pour optimiser leur stratégie d’allocation d’actifs, les investisseurs suisses devraient retenir plusieurs points clés :

    • Maintenir une exposition significative aux actions et au capital de croissance américains
    • Diversifier par secteur et stade, mais reconnaître la domination américaine dans le late-stage funding
    • Intégrer les risques géopolitiques sans tourner le dos au marché américain
    • Soutenir l’intégration européenne du marché des capitaux, mais sans idéalisation excessive

En somme, le marché américain n’est pas simplement une classe d’actifs, c’est un partenaire stratégique dans la construction de rendements durables. La résilience et l’intégration, non le repli, sont la voie de la sagesse.