Jusqu’à récemment, les lois économiques étaient dictées par le bien de consommation. Depuis le début des années 2000 toutefois, la part des dépenses liées aux technologies, médias et télécommunications (TMT) est passée de 0,4 % à 4,5 % de l’ensemble des revenus. Aujourd’hui, les dépenses de consommation liées aux TMT (donc les téléphones, télévisions, téléphones mobiles, Internet, PC et tablettes) composent 15 % des dépenses du ménage, alors que les dépenses pour les produits de bases (nourriture, habillement, tabac…) comptent pour 11 %.
Est-ce une nouvelle révolution industrielle ?
Les consommateurs démontrent un intérêt et un engagement grandissants envers le numérique ; ce mouvement va insuffler un nouvel élan à l’économie, mais il va aussi modifier la nature même de la croissance et la répartition des richesses. L’ère de l’Internet des Objets [1] est ouverte et réécrira les règles de la concurrence ; les sociétés les plus efficaces connaîtront une croissance rapide. Les entreprises capables de construire leurs offres en adéquation complète avec l’économie du Net (dont l’informatique dématérialisée « cloud », les communications sans fil, les plateformes numériques et l’analyse de données) seront sans doute victorieuses.
Les possibilités de croissance interviendront à l’avenir dans les modes d’activités qui nécessiteront moins de capitaux et moins de main-d’œuvre. Prenons l’exemple de Google : la société génère plus de bénéfice que General Electric, mais avec moins d’employés. Les modèles d’affaire de demain créeront moins de postes de travail ; la main d’œuvre se verra répartie entre le personnel qualifié et non qualifié. Par conséquent, les schémas de dépenses des consommateurs seront bouleversés. Le tableau 1 présente une comparaison entre Google et General Electric.
Tableau 1 : comparaison entre les principaux indicateurs de performance de Google et General Electric.
| GE | ||
| Capitalisation boursière | 370 | 265 |
| Revenus nets | 17.8 | 16.7 |
| Rendement des capitaux propres | 23 % | 16 % |
| Nombre d’employés | 55,000 | 305,000 |
Une étude récente révèle que les entreprises occidentales sont bien placées dans la course au cloud. 55 % des entreprises consultées sont exposées d’une manière ou d’une autre à l’informatique dématérialisée ; ce chiffre passe à plus de 80 % pour les petites à moyennes entreprises.
Les nouvelles technologies se propageront à travers tous les marchés et leur efficacité augmentera en parallèle. Les déroulements possibles sont exposés dans le tableau 2.
Tableau 2 : l’influence des nouvelles technologies sur divers secteurs d’activité.
| Secteur | Top 2 levers |
| Électronique grand public |
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| Construction automobile |
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| Produits chimiques |
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| Services financiers |
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| Immobilier |
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| Services de santé |
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D’après le tableau ci-dessus, ce sont à la fois les consommateurs et les activités qui tireront profit des frais de transaction et d’achat plus bas, de la meilleure visibilité et d’une transparence accrue envers l’utilisateur final. Les bénéfices seront criants pour les opérateurs plus modestes, jusqu’alors tributaires de la géographie : ils pourront à leur tour entrer en concurrence et étendre leurs services au monde entier.
Un environnement en mutation : étude de cas.
Quels que soient le point de vue et les statistiques, la conclusion reste la même : les exigences des consommateurs de demain seront beaucoup plus fragmentées. Au final, les portefeuilles de produits deviendront de plus en plus complexes et adaptables pour répondre aux besoins de leur clientèle. Au contraire des entreprises plus petites (qui sont par définition spécialisées et capables d’interagir sur une base ponctuelle), les grandes structures se trouvent confrontées à un défi ; il leur est demandé d’élargir leurs gammes de produits pour pouvoir coller aux demandes individuelles sur leur marché.
L’exemple du secteur financier est frappant, et en particulier l’industrie de la gestion d’actifs. Jusqu’à aujourd’hui, la plupart des institutions financières proposaient d’une façon ou d’une autre un service de gestion d’actifs. En général, la commercialisation englobait divers produits (ils étaient disponibles dans plusieurs devises de références et avec diverses limitations). En substance, les produits sont répartis dans 5 catégories, du plus conservateur au plus dynamique. Avec l’avènement du numérique, l’industrie financière est en mesure de proposer à chacun une stratégie sur mesure. Ce qui était prohibitif par le passé du strict point de vue du coût est désormais possible.
Le fait d’engager les ressources nécessaires pour bâtir les infrastructures est déterminant et peut entraîner de grandes contraintes budgétaires pour le gérant de fortune indépendant. Si le coût initial est certes élevé, c’est un terrain qui promet des bénéfices sur le long terme ; Internet et les fonctions liées à la gestion de données s’harmoniseront avec les tâches administratives, la vente, le marketing et conféreront de l’efficacité aux structures. À notre sens, le nombre croissant de gestionnaires d’actifs modestes qui opèrent en ligne est une indication précieuse : certaines de leurs structures deviendront à un moment ou à un autre des micro-multinationales. Avec le mode numérique, les gestionnaires de fortune indépendants ne sont plus sujets aux inconvénients antérieurs : ils peuvent gérer leur chaîne de création de valeur avec efficacité, fidéliser leur clientèle en proposant des stratégies ajustées ; ils ne sont plus tributaires d’une aire géographique et peuvent proposer le meilleur service à un tarif aussi compétitif que partout ailleurs sans compromettre leur rentabilité.
L’industrie traditionnelle de la gestion d’actif est encore très ancrée dans un processus de vente qui se nourrit d’un travail intense. La productivité et la rentabilité dépendent bien souvent de la nature des relations personnelles nouées entre l’institution financière et ses clients. Selon les chargés de relation, la relation client est un facilitateur et de nombreuses dispositions proviennent de cet état d’esprit. Cependant, à l’avenir, une grande partie de ce processus sera automatisé. Le modèle d’affaires ouvert déjà rendu disponible par la technologie IdO pousse dans ses retranchements le modèle de création de valeur en interne. Remettre en question sa propre création de valeur et activité, son mode de distribution au client aussi est l’étape primordiale pour l’entreprise désireuse d’éviter la rupture totale.
Répartition des richesses
Ces 30 dernières années ont été le théâtre d’une expansion économique sans précédent et d’une création de richesse incroyable. Le phénomène a été rendu possible grâce au passage à l’informatique pour les activités existantes et à l’uniformisation massive des produits. Dans le même temps, la population mondiale s’est accrue et l’espérance de vie moyenne s’est allongée au-delà des chiffres historiques. Le mieux-être social dans les marchés développés a également permis à de nombreuses personnes d’être tirées de la pauvreté.
Un problème cependant résulte de la situation : l’augmentation de la population mondiale est limitée et se conjugue à une espérance de vie plus longue ; la croissance de la population en âge de travailler est donc elle aussi limitée (les flux de trésorerie actuels sont d’ailleurs de plus en plus promis à couvrir les arriérés). De plus, les derniers progrès ont amélioré le confort, sans changer fondamentalement la manière dont les ressources sont consommées. Selon l’étude conduite par le MGI, la croissance du PIB mondial devrait baisser de 40 % dans les décennies à venir, soit du taux actuel de 3,8 % à 2,1 %, en raison des facteurs contraires et du manque d’innovation.
L’évènement aura lieu au détriment de la classe moyenne. Seuls les pays où les entreprises parviendront à innover et à produire des articles à forte valeur ajoutée pourront conserver leur niveau de vie et une répartition juste de leurs richesses.
Aujourd’hui, il s’agit de repenser et de réveiller l’innovation pour chacune de nos activités, de mobiliser la main-d’oeuvre sur le plan mondial, d’utiliser le peu de ressources qui nous restent pour créer un cercle vertueux. Sinon, la phase de croissance que nous traversons risque de connaître une fin soudaine. L’IdO peut également nous permettre de poursuivre sur le chemin de la croissance, mais saura-t-il concevoir une répartition juste de la richesse ?
