Bienvenue en économie de guerre : repenser l’économie dans un monde en tension
Depuis 2022, le monde ne sera plus jamais le même. L’invasion de l’Ukraine par la Russie et le renforcement du pouvoir de la Chine marquent la fin de trois décennies de relative stabilité post‑1989. Dans son essai Bienvenue en économie de guerre !, David Baverez décrit ce basculement comme l’entrée dans une économie de guerre, où la souveraineté industrielle, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la dépendance géopolitique deviennent des priorités absolues.
Selon Baverez, les grandes démocraties occidentales se retrouvent fragilisées. L’Europe, notamment, est confrontée à une double exigence : maintenir son modèle démocratique tout en assurant sa résilience économique et stratégique. Les entreprises et investisseurs qui continuent de raisonner dans le cadre d’une économie de paix risquent d’être prises de court. L’auteur propose même une nouvelle grille de lecture : l’ESG ne signifie plus seulement Environnement, Société, Gouvernance, mais Énergie, Sécurité, Guerre.
Pourquoi cette perspective est-elle convaincante ?
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Géopolitique et économie sont intriquées : les tensions militaires se traduisent immédiatement par des disruptions industrielles et commerciales, comme l’ont montré les sanctions contre la Russie et la crise énergétique en Europe.
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Souveraineté et résilience sont prioritaires : les entreprises dépendantes de chaînes d’approvisionnement globalisées découvrent la vulnérabilité de leurs modèles, ce qui renforce l’intérêt pour la production locale et le contrôle stratégique des ressources.
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Investisseurs et dirigeants doivent anticiper : dans ce contexte, comprendre la nouvelle logique de risque devient aussi important que les fondamentaux financiers classiques.
Les contre-arguments possibles
Certains analystes pourraient juger cette vision trop alarmiste : le commerce mondial reste globalisé, et l’interdépendance économique pourrait freiner les conflits majeurs. De plus, certaines tensions peuvent se résoudre diplomatiquement sans nécessiter de transformations radicales des entreprises.
Mais Baverez nuance lui-même : il ne s’agit pas de prédire une guerre permanente, mais de changer de logique économique. Ignorer ces signaux ne protège pas contre les disruptions ; au contraire, cela expose les économies et les organisations à des risques accrus.
Implications pour les investisseurs
Pour un investisseur, cette « économie de guerre » impose de repenser fondamentalement la stratégie d’allocation et de gestion des risques. La dépendance à des chaînes d’approvisionnement globales vulnérables, l’exposition à des marchés géopolitiquement instables et la volatilité énergétique et industrielle exigent de privilégier la résilience et la diversification stratégique plutôt que la seule recherche de rendement à court terme. Il s’agit d’identifier les entreprises et les secteurs capables de sécuriser leur production, de gérer les risques politiques et de s’adapter rapidement aux ruptures économiques. L’investisseur moderne doit adopter une vision long-terme et multi-scénarios, intégrant non seulement les fondamentaux financiers, mais aussi la solidité opérationnelle, la souveraineté industrielle et la capacité à naviguer dans un environnement géopolitique complexe. Autrement dit, prospérer dans ce nouveau monde ne relève plus de l’optimisation classique du portefeuille, mais d’une anticipation proactive des fragilités et des opportunités globales.
Conclusion
Bienvenue en économie de guerre ! est une alerte nécessaire pour les dirigeants, investisseurs et décideurs : le monde exige désormais résilience, anticipation et stratégie. Repenser nos chaînes d’approvisionnement, nos modèles de gouvernance, et même notre approche de l’ESG n’est pas une option ; c’est une condition pour survivre et prospérer dans ce nouvel ordre mondial. Dans ce contexte, ceux qui sauront aligner vision stratégique et pragmatisme opérationnel seront mieux préparés à naviguer entre incertitudes géopolitiques et opportunités économiques. Ignorer ce basculement serait un luxe que peu d’organisations pourront se permettre.
