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Sous Donald Trump, l’Amérique se fissure : six piliers d’une démocratie en danger

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Neuf mois après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump gouverne comme un monarque élu. Cessez-le-feu au Proche-Orient, guerre ouverte à la maison : la justice, la santé, l’économie, l’immigration, la liberté d’expression et la diplomatie vacillent. Derrière l’illusion du redressement, une Amérique se fissure — et le monde retient son souffle.

Un président sans contrepoids

Neuf mois après son retour au pouvoir, Donald Trump agit comme un monarque élu. Sa présidence n’est plus seulement populiste : elle devient punitive. Les contre-pouvoirs, garants de l’équilibre démocratique, sont peu à peu neutralisés. Et tandis qu’il exulte d’avoir “imposé” un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, son pays brûle de l’intérieur.

Le week-end dernier, près de 7 millions d’Américains ont défilé dans plus de 2600 villes pour dire non à cette dérive autoritaire. Leur slogan, “No Kings”, résume l’enjeu : empêcher que la République ne devienne un royaume.

La justice aux ordres du pouvoir

“En Amérique, la loi est reine”, disait Thomas Paine.
Sous Trump, c’est désormais le président qui l’est.

L’inculpation de James Comey, ex-directeur du FBI, illustre cette dérive. Le Department of Justice (DoJ), jadis indépendant, agit désormais comme le bras armé du pouvoir exécutif. Plus de 40 procureurs fédéraux ont été limogés, et 5 000 collaborateurs ont quitté le DoJ, dénonçant un climat de vengeance politique. Les institutions censées protéger la Constitution sont instrumentalisées pour punir les adversaires. La justice américaine, pilier de la démocratie, se transforme en tribunal d’allégeance.

Rien n’illustre mieux cette dérive que l’inculpation de John Bolton, ancien conseiller à la Sécurité nationale et ex-fidèle de Trump, aujourd’hui considéré comme un “ennemi”. Officiellement, Bolton est accusé de “violation de la loi sur la conservation des archives”. Mais son vrai crime est politique : il a dénoncé l’incompétence de Trump en politique étrangère et sa fascination pour les autocrates. En transformant le DoJ en instrument de vengeance, Trump envoie un message clair : la loyauté prime sur la légalité dans son administration.

Derrière la façade de la loi et de l’ordre se cache une réalité plus inquiétante : la loi sert désormais le dirigeant, et non la République.

Une économie sous perfusion politique

Officiellement, la croissance reste soutenue. En réalité, elle ne tient que grâce à la bulle de l’intelligence artificielle. Derrière, la guerre commerciale tous azimuts menée par Trump asphyxie les PME, détruit les marges agricoles et fragilise les chaînes d’approvisionnement. Ironie tragique : Trump agit même contre sa propre base électorale. Ses partisans l’avaient-ils anticipé en glissant leur bulletin dans l’urne ?

Les exportations de soja vers la Chine ont chuté de 80 %, remplacées par celles du Brésil. Les fermiers du Midwest s’enfoncent dans la dette. La Big Beautiful Bill, censée relancer l’économie, a creusé le déficit et renforcé les inégalités.

Plus inquiétant encore : Trump menace l’indépendance de la Réserve fédérale (Fed). Si elle cède, c’est tout le système monétaire mondial, et la confiance dans le dollar, qui vacillera.

Immigration : la fermeture comme stratégie

Les États-Unis ont toujours tiré leur force de leur diversité.
Mais l’Amérique de Trump II se replie, méfiante, punitive, obsédée par le contrôle.

Avec un budget de 170 milliards de dollars, l’agence ICE mène une politique de terreur : descentes dans les usines, arrestations arbitraires, rafles dans les quartiers ouvriers. Résultat : une chute brutale de la main-d’œuvre, surtout dans l’agriculture, la construction et les services.

Dans la vallée Centrale de la Californie, des récoltes pourrissent faute de bras. Sur les chantiers du Texas et de la Floride, les délais explosent. L’économie réelle paie le prix fort d’une politique idéologique.

Santé publique : un système à l’agonie

La Big Beautiful Bill a également frappé le système de santé. En sabrant dans Medicaid, Trump a privé entre 12 et 17 millions d’Américains de couverture médicale. Les NIH et les CDC, institutions de référence mondiale, ont perdu des milliers de chercheurs.
Les budgets de la recherche sur le cancer et les maladies infectieuses ont été amputés de moitié.

Six anciens administrateurs de la santé publique ont dénoncé dans une lettre ouverte la “soumission de la science à l’idéologie”.
Les hôpitaux ferment, les soins deviennent inaccessibles, et la désinformation médicale prospère.

L’Amérique, jadis moteur de l’innovation médicale, se retrouve au bord du gouffre sanitaire.

Liberté d’expression : la peur et la censure

Sous couvert de “restaurer la vérité”, l’administration Trump attaque le Premier amendement. Des journalistes sont menacés, des humoristes censurés, des étudiants arrêtés. Les universités sont sommées de se conformer aux “valeurs patriotiques” imposées par Washington.

Même les musées de la Smithsonian Institution doivent désormais “corriger” leurs expositions jugées trop “centrées sur la race”.
C’est une véritable guerre culturelle où la critique devient suspecte, la pensée libre marginalisée.

Les États-Unis, jadis bastion de la liberté académique et médiatique, basculent dans un conformisme d’État.

Politique étrangère : le chaud, le froid et le vide stratégique

La diplomatie selon Trump n’a ni cohérence ni cap, seulement des réflexes instinctifs et des impulsions médiatiques. Dans le dossier ukrainien, il souffle le chaud et le froid : un jour il menace Moscou, le lendemain il s’en prend à Kiev, comme s’il cherchait avant tout à brouiller les cartes. Cette imprévisibilité, qu’il revendique comme une “stratégie du chaos”, sert en réalité les intérêts de ses adversaires.

Privée de vision à long terme, l’Amérique de Trump agit au coup par coup, oscillant entre isolationnisme et coups de menton, sans ligne directrice. Les alliés, de l’Europe à l’OTAN, ne savent plus à quoi s’en tenir. Quant aux ennemis de la démocratie libérale, ils observent avec un sourire discret la désintégration de la cohérence occidentale.

Là où la diplomatie devrait construire la stabilité, Trump y installe la confusion. Et dans un monde de plus en plus polarisé, l’absence de stratégie américaine est en soi une stratégie du vide.

Une démocratie en sursis

Les six piliers d'une démocratie, justice, économie, immigration, santé, liberté et diplomatie, ne sont pas seulement affaiblis : ils sont en train de se transformer. Trump n’attaque pas frontalement la démocratie ; il la vide de l’intérieur. Et c’est peut-être là le danger le plus insidieux.

Pourtant, la rue s’éveille! Les pancartes “No Kings” brandies dans tout le pays rappellent que la démocratie américaine n’est pas morte — elle se défend. Et sûrement, comme le disait Jefferson, que la liberté renaît toujours quand le gouvernement commence à craindre le peuple.

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