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Un nouvel environnement géopolitique voit-il le jour ?

Un nouvel environnement géopolitique voit-il le jour ? J’aime à me projeter dans la prochaine décennie, à extrapoler sur les tendances séculaires et les investissements futurs pour les ramener dans le présent et les transcrire en faits. C’est aussi une caractéristique due à mon travail : nous sommes sans cesse amenés à évaluer les opportunités, pas seulement au présent. Et puis, il nous est demandé d’identifier et de comprendre les tendances à long terme, les transformations et développements en préparation ou en cours. Certains éléments de l’actualité passent souvent inaperçus, d’autres, bien visibles, peuvent être mal interprétés. Ainsi, la participation active de l’état chinois dans la recherche du Boeing disparu : qui aurait imaginé une telle implication de la part des autorités chinoises il y a seulement dix ans ?       

Nous allons nous attarder aujourd’hui sur trois vastes sujets : les changements démographiques, l’Internet de l’objet appliqué à l’industrie bancaire et le secteur de l’énergie où l’accès aux ressources est désormais facilité.

Les changements démographiques :
Les changements démographiques - Analyse et chiffresCes 18 derniers mois, les actions des marchés émergents accusaient un retard sur un certain nombre d’indicateurs par rapport à celles des marchés développés ; leurs performances d’investissement ont déçu. Malgré les évènements récents en Ukraine et en Crimée en particulier, la surveillance électronique accrue des citoyens, la pensée unilatérale sans équivoque de certains états, les approches dogmatiques choisies par les gouvernements et la dépolarisation attendue lors de la composition du parlement Européen (les prochaines élections se tiennent en mai 2014) tendent à prouver que le centre de gravité du monde géopolitique actuel pourrait se déplacer de l’Ouest vers l’Est. Le retour de la performance sera alors plus conséquent que par le passé. Il s’agit bien sûr d’une évolution sur le long terme.  

Cette évolution quoi qu’il en soit est tangible. D’une part, les pays établis de longue date et leurs gouvernements respectifs sont peu enclins au changement. D’autre part, les pays où tout reste à faire donnent la possibilité aux mieux formés d’accéder aux responsabilités. Ce phénomène se vérifie en particulier dans les petits pays. Ces régions moins développées disposent en général d’un accès limité aux ressources naturelles et doivent compter sur leurs aptitudes intellectuelles : elles sont par conséquent intéressantes sur le long terme.      

Rapportons l’avenir à des données chiffrées : en 2025, plus de 600 millions de personnes seront sorties de la pauvreté en raison :

  • des nouvelles activités économiques ;
  • d’activités économiques autonomes qui entraîneront la hausse des épargnes privées et des taux d’investissements ;
  • de la création de systèmes de sécurité sociale (certes éloignés des standards occidentaux).

À l’heure actuelle, la moitié de la croissance économique générée dans le monde provient de quelque 600 métropoles, rassemblant 750 millions de ménages. Pour l’instant, ces régions sont réparties géographiquement de façon équilibrée, mais à l’horizon 2030, les actuelles régions émergentes représenteront deux tiers de la croissance globale.        

Pour autant, la croissance économique des régions émergentes d’Asie ne devrait pas dépasser le seuil annuel de 10 %. L’intérêt de ces régions réside dans une croissance de meilleure qualité que par le passé et dans la durabilité de la tendance sur les années à venir. Elles seront donc en mesure de s’adapter aux changements démographiques futurs. En ce qui concerne les marchés développés, ils enregistreront encore une forte croissance de façon sporadique. Mais les perspectives resteront limitées en raison de leurs démographies. En 2025, seuls 28 % de la population mondiale vivront en Occident. Point positif, la contraction de la force ouvrière entrainera une baisse durable du taux de chômage. Cependant, la majorité de la population occidentale sera composée de retraités ou de gens proches de l’âge de la retraite. La consommation en dehors des soins de santé devrait donc stagner dans les régions développées et à l’opposé, croître sur les marchés émergents.        

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Internet de l’objet appliqué au secteur bancaire 
Internet de l'object - analyse et recommendationL’IdO fait référence au concept des appareils de la vie quotidienne identifiables de façon unique (appareils électroménagers, automobiles, machines industrielles, réseaux électriques, systèmes de contrôle du trafic, services de santé) équipés de capteurs, de microcontrôleurs et de modules sans fil leur permettant d’interagir avec leurs environnements interne et externe, et de fonctionner de manière intelligente en collectant et en analysant des données en temps réel.        

En constante évolution depuis près de 25 ans, Internet occupe désormais une place prépondérante dans la plupart des aspects de notre vie quotidienne, des loisirs, à la communication, en passant par le monde de l’entreprise, l’éducation, l’innovation et la gouvernance. Il constitue l’une des innovations les plus puissantes de l’histoire de l’humanité. L’utilisation d’Internet a évolué au fil des années, passant du transfert de données statiques au commerce électronique et aux réseaux sociaux. La phase suivante de cette évolution implique l’intégration d’objets physiques (voitures, appareils électroménagers ou tout autre objet qui vous passerait par la tête) équipés d’Internet, les dotant d’une intelligence et permettant aux individus d’être plus proactifs et donc moins réactifs. Ce phénomène porte le nom d’Internet des Objets (« IdO », ou « IoT » pour « Internet of Things »).    

Le monde actuel se fonde sur la technologie et la connectivité, considérées comme les piliers du nouveau cycle économique. La connectivité dote en effet d’une « valeur ajoutée » inégalée les produits et services disponibles. Les applications visent à améliorer l’utilisation des ressources ; celles-ci sont mises à la disposition de la population, laquelle soutient l’activité économique. Ce résumé s’applique en général aux produits et services, mais il est particulièrement adapté au secteur bancaire.      

Jusqu’à ce jour, le secteur financier dans son ensemble considérait l’industrialisation en inadéquation avec ses services et estimait qu’il fallait continuer comme si de rien n’était. Une attitude pour le moins surprenante, puisqu’elle condamnait l’activité à la restructuration ou à l’adaptation, à défaut d’intégrer les nouvelles technologies. Cependant, une telle transition technologique est difficile à mettre en œuvre dans un secteur où le produit interfère avec le service.   Désormais, pour toute nouvelle activité, se pose la question de la valeur ajoutée par une application à une corporation. En d’autres termes, dans quelle proportion les services fournis jusqu’alors par le personnel peuvent-ils être remplacés par la technologie moderne dans le but d’accroître les connaissances de l’utilisateur final ?      

Cisco a publié l’an dernier un livre blanc fascinant exposant ce qu’elle a nommé : l’Internet of Everything (IoE). L’entreprise estime que l’activité IdO a déjà donné lieu à 6,13  millions d’USD de bénéfices supplémentaires par an, grâce à la simple connexion d’outils à Internet et en particulier à l’impact des PC connectés et appareils mobiles. Selon cette publication, seuls 50 % du potentiel d’Internet en terme de profit est atteint ; 14 400 milliards de bénéfices nets peuvent être générés dans les dix années qui viennent si l’IdO est adopté. En substance, 15 années ont été nécessaires pour exploiter 50 % du potentiel de productivité d’Internet et les 50 % qui restent, reposent sans doute sur le fait de connecter les objets.    

Ces bénéfices supplémentaires provenant de la connexion des services et produits se répartissent entre : l’utilisation optimisée des infrastructures, l’augmentation de la productivité par employé, le flux de production bonifié par l’administration, l’expérience client améliorée et la productivité accrue de la R Et D. D’après la publication de Cisco, une grande part de nos services et industries progresseront avec l’intégration de l’intelligence artificielle et de la robotique. Les analyses préalables se basaient sur les étapes historiques : par exemple, les profits réalisés dans l’industrie automobile ou de la distribution. 

Nous constatons toutefois que le secteur industriel a d’ores et déjà enclenché son évolution et qu’aucune branche ne sera épargnée. L’IdO appliqué au secteur bancaire et à la gestion de fortune a le pouvoir de renverser les tendances et de bousculer les marchés, mais aussi les catalyseurs d’affaires. Considérons l’exemple du district de Pudong : il n’existait pas il y a seulement 20 ans ; il devrait pourtant s’imposer ces 5 prochaines années comme la région phare de l’activité financière. Voici une preuve concrète de la rapidité avec laquelle se déroulent les évènements. Tout va plus vite qu’il n’était prévisible. 

Par le passé, seules les banques d’envergure avaient accès à la gestion de fortune transfrontière. À l’avenir, même la plus modeste structure indépendante de gestion de fortune pourra devenir une « micromultinationale » et atteindre ses clients sur les 5 continents grâce aux technologies digitales. Les opportunités de marché se trouvent élargies ou approfondies ; chacun dispose de la même portée pour agir que ses concurrents. Certains prérequis restent pourtant nécessaires pour réussir : a) la volonté de changement ; b) la maîtrise des fondamentaux de la transition ; c) assurer la qualité des données échangées ; d) la protection de la vie privée et la mise en œuvre de la sécurité. Les fournisseurs traditionnels doivent savoir prendre des décisions : soit ils s’en tiennent au marché de masse et rendent leurs services disponibles en s’appuyant sur l’industrie, soit ils révisent leurs stratégies de service et visent le haut de gamme, comme Gucci.

Cependant, à travers le monde, 50 millions de personnes peuvent prétendre accéder une ou plusieurs fois par an à « l’expérience Gucci », mais seuls 100’000 composent le marché UNHW. Associer le marché de l’IdO au secteur bancaire s’annonce approprié et compétitif. Seules les sociétés qui œuvreront dans le sens de l’innovation et de l’intérêt du client (par l’adoption des nouvelles technologies, la mise à disposition du savoir et la prise en considération adéquate des besoins de leurs clients) peuvent prétendre y parvenir.

Sommes-nous proches de résoudre cette quadrature de cercle ?        

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Tenants et aboutissants autour du gaz de schiste.
Tenants et aboutissants autour du gaz de schiste.Une première constatation s’impose : malgré la mise à disposition du gaz de schiste, la stabilité économique et sociale ne se voit pas renforcée. Pire, de nouveaux déséquilibres géopolitiques apparaîtront dans un futur plus ou moins proche : les cartes sont redistribuées en ce moment même et tout peut arriver !        

Le secteur de l’énergie, grâce au gaz de schiste, subit un remaniement complet. Les conséquences sur les plans économiques, industrielles ou même d’un point de vue géopolitique, ne peuvent être mesurées dans l’immédiat. Personne d’ailleurs n’est à même de répondre à une question primordiale : la transition donne-t-elle lieu à une opportunité ou l’opportunité risque-t-elle d’engendrer la crise ?

Les faits, pour l’instant :        
Le développement de l’industrie du gaz de schiste aux États-Unis et son impact sur l’économie globale sont spectaculaires. Le phénomène est pour l’instant limité aux seuls États-Unis et devrait le rester. Pourtant, ses effets sont mondiaux. Les États-Unis exportaient jusqu’alors le charbon de façon marginale. À dater de 2016-2017, ils deviendront exportateurs marginaux de gaz naturel liquide. Dans quelle mesure les exportations de GNL pourront-elles augmenter, c’est un autre sujet de controverse ; certains groupes de pression soutiennent d’autres projets. Au final, les exportations devraient cependant prendre de l’ampleur soutenue par les innovations en matière de forages horizontaux et de fracturation hydraulique ; ces procédés rendent en effet le mode d’extraction plus écologique et sécurisé.

Selon le rapport de l’agence pour l’information sur l’énergie, les réserves de gaz correspondent à 206  milliards de mètres cubes. La plus grande part d’entre elles sont rendues inaccessibles par l’absence d’eau, par les problèmes écologiques prioritaires ou par le manque d’infrastructures adéquates pour le raffinage. En résumé, seul un tiers des réserves disponibles est accessible. Surtout, plus de 60 % d’entre elles se trouvent dans des pays développés

L’étude publiée par le groupe Exxon Mobil révèle que le ratio de dépenses relatives au pétrole chutera de 40 % en l’an 2000 à moins de 33 % en 2040. Le ratio de dépenses liées au gaz passera pour sa part de 22 à 30 % sur la même période.        

Les caractéristiques de l’approvisionnement en ressources énergétiques exploitées changeront tout.
Les ressources énergétiques sont découvertes sur toute la planète, en Afrique, en Asie, en Europe, au Moyen-Orient, en Russie, en Amérique du Nord et du Sud. La configuration de l’offre et de la demande était jusqu’alors bien répartie entre les pays en voie de développement, pourvoyeurs et les pays développés, demandeurs. À l’avenir, pourvoyeurs et demandeurs ne se rencontreront plus sur un plan international, mais sur un niveau plus local et selon leurs spécificités. Considérons les régions qui disposent de ressources en gaz naturel.        

Europe : Développer l’industrie du gaz de schiste s’avère plus complexe en Europe. La population est plus dense sur le sol européen qu’aux États-Unis. Les bassins potentiels de gaz de schiste sont par voie de fait occupés par des millions de personnes. De plus, l’écologie est une préoccupation majeure et se place devant la réussite économique. D’un point de vue géologique, les réserves européennes se trouvent dans des formations plus complexes qu’aux États-Unis. Ces éléments conjugués rendent les coûts plus élevés et l’exploitation presque impossible en Europe. Le déclin annoncé de l’énergie nucléaire et les difficultés pour disposer d’une énergie alternative performante mettent le continent devant un défi de taille. Les régions qui privilégient le gaz et participent à sa transformation et distribution seront plus avantagées.      

États-Unis : Les efforts consentis pour éradiquer la pollution de l’eau, les inquiétudes dues à l’activité sismique et à la destruction des surfaces conduisent inévitablement à des coûts de mise en conformité plus élevés. Cependant, la production de gaz de schiste augmente. Les coûts de mise en conformité et de réhabilitation seront donc dilués au fil du temps. L’Amérique du Nord devient par conséquent un producteur majeur de gaz de schiste et accaparera à l’avenir la politique énergétique mondiale. 

Moyen-Orient :  L’exploration et le déploiement de l’industrie du gaz de schiste nécessitent un accès à d’importantes réserves d’eau douce. La plupart des pays de l’OPEP n’en disposent pas. L’équation en place représente un problème pour ces nations : elles ont besoin de pétrodollars pour équilibrer leurs coûts sociaux, de plus en plus lourds. Cet équilibre fragile menace de se rompre lorsque la production de pétrole diminuera alors que ses prix resteront élevés. L’instabilité régionale renforcera le déploiement du gaz de schiste partout ailleurs.        

Russie :  C’est le continent qui dispose des plus importantes réserves de gaz de schiste. Un problème se pose cependant : la Russie doit avant tout devenir un partenaire fiable dans le domaine de l’énergie. Ses bassins sont situés idéalement, à égale distance des grands consommateurs européens et asiatiques. De nombreux équipements pour le GNL seront prêts dès 2016-2017, et la Russie devrait s’imposer comme prépondérante sur ce marché.        

Chine : La consommation en énergie de la Chine reste majoritairement tributaire du charbon, malgré un changement de fond. En 2020, la consommation chinoise en gaz aura augmenté la consommation globale de 25 %. La demande sera couverte presque entièrement par les importations ; en effet, l’exploitation de ses propres bassins est problématique sans technologie de pointe et réserve d’eau.        

Japon : Le désastre de Fukushima a transformé la consommation énergétique du pays. Aujourd’hui, un tiers de la demande mondiale en GNL provient du Japon. Le pays redémarre pourtant un programme nucléaire. L’influence à court terme sur le prix du GNL ne doit pas être sous-estimée et devrait se faire ressentir sur les pourvoyeurs comme le Canada, l’Australie et les États-Unis.        

La tendance observée 
À l’heure actuelle, l’équilibre est conservé entre producteurs et consommateurs. À l’avenir, les formes d’énergie seront plus proches de l’utilisateur final. Le prix de l’énergie sera par conséquent amené à varier non seulement en fonction de l’offre et de la demande, mais aussi en fonction des habitudes nationales.        

D’un point de vue gagnant ou perdant, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord seront subiront sans doute des conséquences négatives alors que les États-Unis, le Japon, l’Italie tireront leur épingle du jeu. Dans le cas des États-Unis, le contexte d’offre et demande, sa réactivité, représentent ses atouts. Le Japon et l’Italie bénéficieront pour leur part des prix bas appliqués au gaz pour leurs consommations intérieures.        

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Changements en perspective    
Les opportunités qui s’ouvrent sur le plan international laissent présager du monde de demain. Les flux modifient en profondeur les négociations et les investissements, et même jusqu’aux modes d’organisation et de gestion des sociétés. Les interconnections partout sur la planète donnent lieu à de nouvelles opportunités pour créer de la richesse. La plupart d’entre nous voient en cette transition une grande ouverture et des opportunités de taille ; pour certains et c’est regrettable, le changement est source de stress.        

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